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Thérèse ou La Nuit de l’Ossuaire

Paru le : 01/01/2019

« Laissez-moi mon Père entrer dans l’ossuaire… », telle est la prière qu’adresse Thérèse, jeune moniale, au Père du monastère avec qui elle noue un dialogue.

Elle, que les morts ont choisie pour être le réceptacle de leurs histoires inachevées ; tant de voix, d’espoirs furibonds l’assaillent et troublent cet être palpitant.
Qu’attendent-ils exactement d’elle ?

Elle descendra au cœur même de leur dernier royaume, dans l’obscurité de leur nuit pour au plus près entendre ce qu’ils ont à lui dire, et l’accueillir dans l’œuvre naissante de sa propre voix. Elle ira dans la mort pour naître à la vie, faire lumière sur son chemin désormais autre et connaître l’apaisement.

Sarah Jalabert nous offre une œuvre mystique d’une grande beauté d’écriture et de poésie, aux inspirations rilkéennes et shakespeariennes, où l’obscurité y est le sépulcre de la lumière, le silence un contraire du vide.

À travers l’exaltation de Thérèse, son extrême réceptivité aux paroles des défunts, l’auteure se fait l’écho du destin des histoires et des œuvres inachevées, lesquelles, contre toute vanité, ont besoin de la voix des vivants pour être racontées, de leur regard pour être remplies.

Un texte qui unit dans un même présent et une même éternité, les vivants et les morts.

Foulant les hautes herbes près de l’ossuaire elle a souvent eu le désir d’entrer y faire lumière.
Quand elle approchait l’amoncellement de crânes par les étroites meurtrières, lui revenaient avec une infinie tendresse ces mêmes mots : « Jusques à quand m’en irai-je au-delà des longueurs de mes bras chercher ce qui jamais n’aura cessé de me chatouiller les ailes du nez ?! »
Alors elle retirait de sa claustrale mante un carnet qu’elle tenait clandestin, et y reportait une phrase, et une fois encore la phrase fluide en son esprit se heurtait à toutes sortes d’aspérités soudaines, comme contenues dans le papier même. Alors elle recommençait.
— C’est moi, c’est moi-même l’aspérité...
Une larme lui roulait sur la joue, contrite de n’avoir pas, une fois de plus, laissé couler la phrase comme Dieu en aurait aimé le ruissellement pur, de s’être interposée, comme à chaque fois, entre la phrase et Dieu, la larme coulait mais Thérèse finissait toujours par conclure :
— C’est sur la joue de Dieu que coule la larme.
Elle s’appliquait à retenir la phrase, dans sa respiration à s’en incorporer l’évanescence, à la garder dans le sépulcre des perles en travail, assurée ainsi d’avoir à y revenir, et ainsi d’avoir lieu secret où revenir, écouter la lente nacre bruire.
— La lente nacre fruire..., Thérèse...
— Non, impossible, je ne peux pas mon Père, ce mot-là est tombé en obsolescence, il ne figure même plus dans le dictionnaire ! J’aimerais... mais qui comprendra ?
— Qui pourra, Thérèse...
Assise sur le rocher près de l’ossuaire, l’habit nouvellement pris recouvrant le granit de vagues anthracites, carnet et plume en main, dans ce qui en elle tentait de prendre forme le Père s’élevait de toute sa voix tranquille lui donner quelquefois la réplique...
— Pour que tu ne tournes pas en rond... Même seule, Thérèse, il faut que tes pensées entrent en dialogue... Et comme j’aime à parler avec toi, laisse-moi être ton interlocuteur...

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J'ai beaucoup apprécié
De : T. Pertuisot
J’ai lu « Thérèse ou La Nuit de l’Ossuaire » et « Héloïse » et je les ai beaucoup appréciées... Il y a toujours cette touche impressionniste, qui exprime du sentiment ce qui relève de l’indicible et de l’intime dans le désir, où le corps prend l’ascendant sur l’esprit. Un élan vital, intime et fugace dont l’issue ne fait aucun doute, et qui nourrit le présent avec intensité. Et puis il y a toujours la présence des autres, dont les temps se chevauchent, et qui poursuivent le dialogue intérieur. On ne sait jamais vraiment si les corps ou les présences qui accompagnent ces deux récits sont présents ou des traces lointaines qui concourent au mystère auquel vous nous invitez. Et très certainement il existe des correspondances entre votre sensibilité littéraire et artistique avec la peinture, ou la photographie quand on cherche à rendre visible ce qui traverse si fugacement nos vies et qu’on ne peut exprimer autrement pour trouver si possible du sens à l’étincelle...
2 personne(s) sur 2 ont trouvé ce commentaire utile.
Très beau texte
De : slobodna
Très beau texte dont l'écriture par sa fluidité et sa musicalité relève le difficile défi de la prose poétique. Le cheminement de Thérèse, de l'ombre à la lumière, de l'intime à l'ouvert, nous concerne tous.
1 personne(s) sur 1 a trouvé ce commentaire utile.
Quelle riche écriture dentelée
De : V. Vigna
Quelle riche écriture dentelée. Elle nous guide dans des profondeurs mystérieuses et séduisantes. Là où les questions fondamentales s'invitent. Deux mondes s'interpénètrent délicatement. Demeure en moi un sentiment troublant. Bravo !
1 personne(s) sur 1 a trouvé ce commentaire utile.
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