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La sieste

Paru le : 01/04/2019

« As-tu bien fermé le poulailler ? » s’inquiétait Herminie à chaque fois que la narratrice, accompagnée de ses jumeaux, lui rendait visite à la maison de retraite.
Après l’avoir rassurée, cette dernière attendait l’histoire du renard dont elle se régalait sans aucune lassitude. Puis le rituel se prolongeait avec d’autres histoires pittoresques sur les rouquins magnifiques dans une joyeuse complicité.

Mais ce mercredi-là, elles ne s’appesantirent pas sur les rusés prédateurs.
Autre chose perturbait la vieille dame.

Qu’avait donc cet homme à faire sa sieste devant chez elle ?

Dans La sieste, la narratrice, avec un regard plein de tendresse, nous dessine le portrait de son aïeule. Une vieille dame pétillante, au grand cœur qui aura sacrifié son existence à celle des autres avec sourire et abnégation. Un être d’émotion hanté par le fantôme d’une sœur qu’elle n’aura pas su sauver.
Une petite phrase anodine prononcée par la vieille dame sur la présence incongrue d’un dormeur devant sa fenêtre revient, telle une rengaine, perturber et nourrir ce portrait.
Un texte sensible sur le don de soi. L’amour des autres plus que de soi-même. Le bonheur des petites joies du quotidien. Mais également sur le sentiment de culpabilité que peuvent éprouver les familles lorsqu’elles sont contraintes de placer leurs aînés en maison de retraite.

Tu devrais voir, Jeanne, cet homme qui dort devant chez moi.
J’écarquillai les yeux avec un ah de circonstance, sans relever davantage. Herminie déraille de plus en plus, me dis-je, sans doute est-ce l’effet de la solitude, et tous ces enterrements autour d’elle ont eu gain de cause.
J’étais moins régulière que ma mère dans mes visites, bien trop occupée, mais je lui amenais mes jumeaux, encore à l’âge où toute activité initiée par la mère ne peut être que merveille. Ce tourbillon d’enfants l’hypnotisait. Elle les avait vus dans leur berceau de naissance et les avait adorés à la minute. Deux petites Jeanne dans un même gazouillis.

Nous avions vécu un mois avec elle dans la maison de son enfance alors que les petits marchaient à peine. Herminie revenait dans son village après plusieurs années d’absence passées à soigner ses deux sœurs invalides. L’aménagement, rudimentaire, datait des années cinquante. Herminie, installée dans deux pièces, ne voulait pas perturber notre rythme et préférait manger seule dans la cuisine. Nous nous y retrouvions pour la préparation des repas et cuisinions de concert malgré nos horaires bohème. Herminie nous étonnait par quelques fantaisies que nous attribuions à ses années de garde-malade. Les jumeaux s’approchaient d’elle en l’apostrophant timidement, Billy, Billy, son ravissement déclenchait des cascades de rires dans ses robes à fleurs. Herminie caressait la maison de sa grâce surannée, et des parfums oubliés surgissaient des boiseries. La maison vivait comme au temps de sa splendeur, bruissante de voix d’enfants multiples.
Un soir, j’achetai tous les ingrédients pour une ratatouille que nous espérions partager avec elle. Le lendemain matin, la cuisine embaumait la soupe. J’ouvris la porte du réfrigérateur : plus un seul légume. Si tu savais ma petite ! Si tu savais — Herminie ne m’appelait pas encore Jeanne — cette soupe que je mijote ! Il y a de tout, ce sera un délice, sens-moi ce parfum de romarin que j’ai cueilli exprès dans le jardin ! Mais il y en aura trop pour moi, regarde-moi cette énorme marmite ! je vous en donnerai.

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Un récit plein de tendresse
De : Alouqua
Un récit rempli de tendresse, tant dans l’histoire elle-même que par celle qui nous la livre avec sa voix, Marion Berthier. Herminie, une dame agée que je ne risque certainement pas d’oublier de si tôt ! Herminie, eh bien c’est le genre de femme qui s’oublie pour s’occuper principalement des autres, veiller au bien-être des gens qu’elle affectionne est sa priorité. Il faut dire que déjà bien jeune, alors âgée seulement d’une petite dizaine d’années, elle a eu de grandes responsabilités qui consistaient à veiller sur sa famille. Elle a eu très jeune des responsabilités d’adulte et cela a forgé sa manière d’être pour le reste de sa longue vie. Ici, c’est à travers les yeux d’une autre personne que nous faisons connaissance avec cette dame âgée qui, mine de rien, n’est pas dénuée d’humour. Une très belle histoire où l’auteure met en avant la vieilesse, mais également la vie difficile de ces femmes qui ont sacrifié leurs propres vies pour celles des autres.
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