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L’Oiseau de Sibérie

Paru le : 01/09/2019

La nuit va tomber sur la forêt de bouleaux où les équipes de prisonniers viennent d’achever leur dur labeur. Le camarade chef-escorteur s’apprête à donner le signal du retour vers le camp, lorsqu’il aperçoit, dans le feuillage brisé par le dernier arbre abattu, une drôle de calotte. Un nid. À l’intérieur, un oiseau blessé.
Alors qu’il aurait dû s’en débarrasser, l’homme le ramène au camp pour le soigner. Et à force d’attention, il parviendra à le sauver.
Jusqu’à cette partie de cartes où il faillira à protéger l’oiseau de la cruauté de ses compagnons de jeu.

Dans ce texte poignant, empli de poésie et d’espoir, Muriel Carminati offre à son personnage, un gardien de camp amoché par le système concentrationnaire, le chemin vers la rédemption.
Au cœur de la rudesse du goulag, la rencontre avec l’oiseau blessé va réveiller ses sentiments humains. De sa perte resurgira le questionnement qui le conduira à réaliser l’absurdité de sa fonction.

La nuit allait tomber. La lumière dorée semblait prête à enflammer les troncs des bouleaux, blancs et droits comme des bougies d’église. Il fallait se dépêcher. Encore deux ou trois à abattre et la norme serait à peu près respectée pour cette fois.
Le dernier arbre chancela lentement et s’effondra dans un grand soupir d’aise. Comme soulagé de n’avoir pas à endurer le prochain hiver.
On reviendrait demain pour débiter. L’homme donna quelques coups de pied dans le bois et esquissa un rictus. Pas trop friable. Tant mieux. De toute façon, on n’avait pas le choix. On devait prendre ce qu’il y avait. Il fit le tour de l’arbre fraîchement abattu comme pour se persuader qu’il était bien mort.
Il allait donner le signal du départ lorsqu’il aperçut dans le feuillage brisé comme une casquette à l’envers. Matelassée. Il s’approcha. C’était un nid. Bien rembourré. Fignolé depuis le printemps, c’est sûr. Il remua le fouillis de mousse et de brindilles, à la recherche d’œufs, et sursauta. Il y avait quelque chose là-dedans.
D’une main calleuse, il empoigna maladroitement l’animal qu’il dégagea de la gangue. L’oiseau n’avait pas bougé. Il regardait l’homme d’un œil fixe et seul son flanc qui palpitait indiquait qu’il était en vie. L’homme desserra légèrement son étreinte. Il vit que la patte droite faisait un angle curieux. L’aile aussi était brisée. Dans deux semaines l’automne, autant dire la mort assurée. En admettant que les rongeurs n’en aient pas fait la fin d’ici là.
Le vent du nord leur mordait les joues quand ils prirent le chemin du retour. Il aurait dû s’en débarrasser. Il ne savait pas pourquoi il avait brusquement écarté sa veste et sa chemise et s’était collé l’oiseau mutilé à même la peau. Il avait perdu l’habitude de se poser des questions.

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Un texte fort
De : Alouqua
L’auteure nous offre ici un texte poignant et qui pousse franchement à la réflexion. Nous faisons connaissance avec un homme qui ramassera un oiseau blessé, lui qui n’a pas grand chose va s’en occuper tant bien que mal. Mine de rien, cet oiseau va prendre de l’importance dans sa vie, je dirais même qu’il va l’éveiller. Jusqu’au jour où un malheur va survenir, et que l’homme va prendre conscience que sa vie ne peut continuer de cette manière. Jusque là, je trouvais déjà le récit touchant, mais la suite l’est encore pus, du moins pour moi. Cette suite m’a réellement émue jusqu’à avoir envie de pleurer. Ce n’est pourtant pas un texte triste, mais les émotions que j’ai ressenti étaient très forte, comme si tout ce qui arrive à cet homme, m’arrivait à moi et non à lui, comme si j’étais lui et non celle qui découvre son histoire. J’avoue que c’est assez troublant. Un récit à découvrir sans hésiter.
Un texte plein d'espoir
De : Zoe-M
Tout d'abord, j'ai vraiment beaucoup aimé ce texte. Je l'ai trouvé très émouvant et plein d'espoir, et j'ai été immédiatement plongée dans cet univers froid et d'hiver. Cela amène vraiment à se repositionner en tant qu'humain et à se décentrer pour prendre conscience de la nature et de l'environnement qui nous entourent. Ici, l'oiseau ne fait plus partie du décor, comme lorsqu'il refusait de manger toute nourriture, mais il fait partie intégrante de la vie de l'Homme. L'Homme reprend conscience peu à peu de la nature qui l'entoure et que le spectacle de cette belle nature s'offre également à lui. L'oiseau le ramène à sa condition première tout comme les chiots, qui feront apparition plus tard dans la nouvelle. L'Homme prend conscience qu'autour de cette planète qui semble a priori désenchantée, gravitent en réalité des milliers d'individus intéressants auxquels il faut faire attention. Cela doit vraiment participer à une réflexion générale sur la condition de l'Homme au milieu de cette société de la vitesse, du "zapping" et du rendement, bien décrite par le tableau du système concentrationnaire qui s'apparenterait presque à une télé-réalité, qui nous fait en réalité bien perdre notre temps et nous éloigner de ce qui nous anime réellement. Je recommande vivement cette nouvelle. J’ai trouvé l'image de l'oiseau très bien choisie car cela témoigne vraiment bien d'un essai de l'Homme de faire un premier pas vers sa liberté (y compris morale). L'endroit est vraiment bien choisi car en lisant cette nouvelle qui a lieu en Sibérie, il y a une forte analogie entre le vide dans la vie de l'homme, il est seul, il est réduit à une machine et ne profite pas de la nature qui l'entoure et le grand calme de ce territoire du froid. Un grand bravo à l’auteur !
Excellent
De : lectures26
En cette fin de journée, alors que le dernier arbre abattu vient de s'effondrer, le gardien d'un goulag en Sibérie trouve entre ses branches un nid renversé et, sous ce nid, un oiseau dont une patte et une aile sont brisés. Dans un élan irréfléchi, ce gardien emporte l'oiseau dans le modeste réduit qui lui sert de chambre, le soigne, rogne sur ses portions journalières pour lui procurer quelques miettes, un peu de graisse, ce qu'il faut pour lui construire une cage et va même jusqu'à baptiser celui qui est devenu son unique ami dans cet univers de froid et de douleur. Car de douleur, il est question. La douleur ressentie par cet homme quand la bêtise humaine devient cruelle et l'emporte jusqu'à ce point de non retour. Le seul peut-être, porteur d'espoir et capable de le sauver de la brutalité de ce monde... Nouvelle admirablement servie par la lecture que nous en offre Benoit Schwartz et excellente par son sujet, son écriture et le regard qu'elle nous fait porter sur le monde en termes d'humanité, d'espérance, de générosité, de puissance et de force.
Génialissime
De : Margotte
Je vous conseille vivement cette nouvelle. Très bien écrite, elle m'a beaucoup fait réfléchir.
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