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De cristal et d’eau

Paru le : 01/12/2018

Par une nuit d’août 1625, Dolores traverse la ville de Tolède en courant.
La jeune fille est en danger.
Une mystérieuse disparition de bijoux, dont la jeune servante est accusée s’est produite chez sa maîtresse, la Marquise.

Dolores vient chercher de l’aide auprès de sa sœur et de son oncle lequel croit en la magie d’un tableau pour la sauver.

Dans ce conte à la réalité menaçante, où l’Inquisition rôde, où le puissant a tout pouvoir sur le faible, Françoise Cohen fait surgir de l’apparition du tableau du Greco, Vue de Tolède, la lumière, et avec elle la révélation d’une échappée.
La beauté d’un chef-d’œuvre, à qui sait la recevoir, possèderait ce pouvoir magique de transformer la réalité et de gommer les infortunes.

De cristal et d’eau est une histoire empreinte de poésie et de mystère. Une invitation à croire en l’heureuse existence d’un refuge pour chacun de l’autre côté de la toile.

Tout en lustrant la robe des chevaux, Diego, qui aimait donner un coup de main à son ami le palefrenier, rêvait. Il pensait à la demeure de Don Pedro Salazar de Mendoza où il avait conduit hier la Marquise. Ce n’étaient pas les belles maisons qui l’impressionnaient, il en avait vu des quantités au cours de sa vie de cocher. En attendant sa maîtresse, on le faisait souvent passer à la cuisine où il discutait avec les laquais et pouvait se désaltérer. Cette fois-ci encore, il avait été bien accueilli, mais avait vécu une expérience nouvelle et perturbante. La configuration de la maison était telle qu’il avait pu observer depuis le tabouret où il était assis à l’office, au bout du couloir, un étrange tableau qui ornait le mur du salon. C’était un paysage, où il crut reconnaître Tolède, avec l’Alcazar et la cathédrale. Oui, pas de doute, c’était sa ville. Pourtant, tout en présentant les mêmes repères topographiques, elle se distinguait d’elle. C’était plutôt une ville rêvée, faite de cristal et d’eau ; le cocher ne savait pas comment se l’expliquer, il n’avait pas à sa disposition les mots nécessaires. Son regard resta attaché à la toile. Les nuages du ciel d’orage semblaient de pierre et distillaient non pas l’obscurité mais la lumière. Comment était-ce possible ? Il était tellement fasciné qu’il en oublia toute notion de politesse.
— Eh, l’ami, tu veux plus nous causer ? demanda l’un des laquais, étonné.
— Pardonnez-moi, qu’est-ce donc que ce magnifique tableau ?
— Ah, celui du Grec ? le Maître en fait grand cas, il dit qu’il est « magique ». Moi, je n’entends rien à l’art.
Diego sentit que c’était cela le mot, magique. Dès ce moment-là, tout fut différent pour lui.

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