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La Dissolution

Paru le : 01/03/2017

Il n’avait pas pu voter ce jour-là. Car il était décédé. C’était inscrit sur la liste : DÉCÉDÉ.

Tout le bureau de vote avait présenté ses condoléances à sa femme qui les avait reçues avec émotion et gratitude.

Pour sa femme, comme pour les autres à qui elle avait annoncé la nouvelle, il n’y avait pas l’ombre d’un doute. Sa mort était une réalité que tous admettaient.

Il n’y avait bien que lui pour encore en douter.

La Dissolution est un texte du registre de l’absurde, fantaisiste et plein d’humour dans lequel Isabelle Minière joue avec les mécanismes de manipulation mentale pour désorienter son personnage tout autant que son public.

Ajoutés à cela une écriture fluide et enlevée, des dialogues justes et ciselés qui rendent cette histoire particulièrement savoureuse. Qui sait si elle ne ressurgira pas à votre esprit, la prochaine fois que vous aurez à tendre votre carte d’électeur !

Tout a commencé le jour des élections. Si j’avais su, je me serais abstenu. D’ailleurs je devais avoir comme un pressentiment car je n’avais guère envie d’aller voter. Je me suis forcé. Quand on enseigne l’éducation civique, on se sent obligé de voter.

Quoi qu’il en soit, je suis allé voter, ce dimanche-là, avec ma femme. Enfin non, je n’ai pas pu voter. Quand j’ai donné ma carte d’électeur à la dame du bureau de vote, elle a cherché mon nom sur sa liste. Puis elle m’a regardé d’un air ennuyé :

— Vous ne pouvez pas voter, monsieur, je regrette…

Naturellement, j’ai demandé pourquoi.

— Parce que vous êtes décédé, monsieur. Je suis désolée.

Sous le coup de l’émotion, j’ai balbutié, bredouillé. Aucun mot entier ne voulait plus sortir de ma bouche.

— Quoi ? a demandé ma femme. Que se passe-t-il ?

La dame a expliqué le problème à ma femme :

— Monsieur ne peut pas voter ; il est décédé. C’est marqué.

Elle nous a montré : en face de mon nom, sur la liste, c’était écrit en gros : DÉCÉDÉ.

— Ah ! a fait ma femme, visiblement choquée.

La dame lui a adressé un regard compatissant.

— C’était votre mari, madame ?

Ma femme a hoché la tête. Alors la dame est allée parler à ses collègues du bureau de vote. Ils sont tous venus, à tour de rôle, serrer la main de ma femme, lui présenter leurs condoléances, les condoléances de la municipalité tout entière. Ma femme était très touchée. Elle répétait :

— Merci, merci beaucoup…

Puis elle est allée voter, sans me regarder, comme si je n’existais plus. Je l’ai attendue dehors.

Quand elle est ressortie, j’ai vu tout de suite qu’elle était contrariée.

— Enfin, tu aurais pu me prévenir ! De quoi j’ai eu l’air ?

J’ai bafouillé que je n’étais pas mort, que c’était sûrement une erreur, une grossière erreur… Elle m’a coupé net :

— C’était marqué ! MARQUÉ ! Tu as vu comme moi !

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Très réussi
De : Sophie de Bures
Texte mordant et drôle, mêlant humour noir et tendresse. La lecture rend le texte encore plus prenant. Prix Lire dans le noir bien mérité !
DÉCOUVREZ D’AUTRES HISTOIRES COURTES à écouter… et à lire
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