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L’Histoire

Lu par : Lise Moulin
Paru le : 01/01/2017

Au fil des entretiens avec la dame du centre d’insertion à qui incombe la délicate tâche de lui trouver un emploi, nourrie par sa collecte boulimique de fiches métiers, et une idée bien arrêtée de ce qu’elle ne veut plus faire, Ingmar Magda, l’infirmière roumaine déclassée en aide-soignante française, s’imagine d’autres grands projets d’avenir dans le pays de Voltaire et de Rousseau.

Tour à tour, elle se passionne pour enseigner l’Histoire et la Littérature et devenir tailleur de pierre.

Mais à chaque fois, elle se heurte au système, à son administration, au snobisme des castes qui la méprisent, la moquent. Pourtant elle continuera de livrer bataille et de faire entendre sa voix.

Au-delà de l’insertion professionnelle de l’étranger c’est plus largement la manière dont notre société traite les différences, les marginalités qui fait écho dans ce texte. Les bonnes volontés se confrontent à toutes celles plus nombreuses, objectrices ou tout simplement détachées, retranchées derrière la loi, les règlements ou encore les lignes d’un CV, dans un combat qui semble perdu d’avance.

Cependant Sylvie Beauget par son écriture rythmée et entraînante où s’entremêlent brillamment monologues intérieurs de la narratrice et dialogues au franc-parler, nous livre un texte drôle, dont la langue nous réjouit et parvient à nous détourner, pour un temps, de l’issue tragique qui se profile.

Ingmar Magda nous hérissait. Ne savait pas se faire discrète, quoi qu’elle en dise. Ne savait pas se coiffer et s’attifer de la manière à tout le monde. Vraiment. Et puis elle transpirait la mauvaise volonté. « On ne donne pas à boire à un cheval qui n’a pas soif ». Son sort se trouvait entre ses mains et elle les faisait voleter, ses mains aux ongles noirs, en jacassant avec emphase.

Dès son arrivée, elle ne se montra en rien gentille. Œil sournois et sourire absent elle montait de son pas traînant notre escalier aux marches hautes. Papivore, ramassait dans son cabas boulimique ce qui traînait de prospectus et de journaux. Pour quoi en faire. Son allure reniflait la misère. Les gens la prenaient en pitié. En retour, lèvres pincées, menton tendu, elle affichait une mine de princesse.

Ingmar Magda me l’apprit, tandis que son cabas noir dormait entre ses jambes, elle se trouvait infiniment désabusée. Rien ne la tentait. Ne pouvait plus pratiquer son métier – mon ancienne occupation, ricanait-elle. Son diplôme roumain d’infirmière roumaine n’étant point reconnu on lui avait offert l’emploi d’aide-soignante. Et ça ne vous plaît pas, même en attendant que… ? Non, j’en veux pas, clamait Ingmar Magda en rapprochant ses sourcils. Je ne suis pas là pour faire les ménages. Le cabas tomba avec bruit. J’acquiesçais. Elle poursuivait en ronchonnant. Passer les produits. Obéir à des inconnus. Soigner à la manière d’ici. J’en veux plus. Y a rien qui lui plaisait. Sauf récolter des papiers. Et parler.

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