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Rosa marchait d’un bon pas

Lu par : Patrick Sueur
Paru le : 01/09/2018

André Flinois est à sa table de travail, le stylo fermement tenu au-dessus de la page blanche.
C’est à chaque fois la même chose.
Avant que l’histoire qui attend tapie dans sa tête ne soit tirée du néant.
Avant qu’il fasse son deuil de la précédente.
Il lui faut se mettre en condition. Accéder à cet état préparatoire à toute création, mettre K.O les vielles angoisses castratrices.

Ça y est, il la tient !
Il en a écrit la première phrase.
Mais voilà que l’on sonne à sa porte.
Qui sont ces deux individus en noir qui viennent si inopportunément l’interrompre ?

Quand Fabrice Décamps s’attaque aux affres de l’écriture et de la création, ça donne une histoire surprenante et étourdissante où se succèdent des tableaux aux tonalités très différentes dans lesquels, entre réalité et onirisme, l’histoire à écrire en fil conducteur, font irruption Big Brother et le clone de l’écrivain.
L’auteur y revendique la liberté de création, fait l’éloge de l’acte de création dans ce qu’il a de plus noble, faisant fi des jugements de valeur. L’acte de création est nécessité absolue, justification d’être pour l’esprit créateur, il est perpétuel recommencement, œuvre de funambule.

Enfin, ayant repoussé sa peur de sauter dans le vide, André se lance, écrit une première phrase.
Rosa marchait d’un bon pas en direction de l’église, la pluie tombait et rebondissait autour d’elle.
Mais à peine l’a-t-il relu qu’on sonne à sa porte. Surpris, il fronce les sourcils, pose son stylo en travers du carnet, commence à se lever. Pas très envie d’aller ouvrir, il veut suivre Rosa sous la pluie. On sonne encore, trois fois à la suite, puis des coups contre la porte, bam, bam, bam, très insistants. Même avec la meilleure volonté, André n’aurait pas pu aller ouvrir en si peu de temps. Il a tout de même un salon à traverser, un escalier à descendre pour rejoindre la porte, et surtout, autre chose à faire, juste au moment où il se lance. Il aurait pu être sous la douche ou bien en train de dormir. Encore des coups pressants, portés du plat de la main contre le chambranle.
« Ouvrez, monsieur Flinois ! ordonne une voix dans le couloir. Nous savons que vous êtes là. »
Aucun doute : ce n’est pas pour le calendrier des pompiers, pas même pour celui de la Poste. Pas non plus dans les manières onctueuses des Témoins de machin-truc. Sûrement pas un huissier : André ne possède rien. Il descend tout de même l’escalier, donne un tour de clé et ouvre la porte. Un homme et une femme, pas vraiment côte à côte, la femme légèrement en retrait, vêtue de noir, pantalon et pull à col roulé, les mains dans le dos, très pâle de carnation, avec un air suprêmement impénétrable, sourcil gauche en accent circonflexe, très belle avec tout ça, beauté froide et parfaite. Par-dessus l’épaule de l’homme, André remarque le transmetteur fiché dans l’oreille de la femme tandis qu’elle annonce : « Sommes sur place, le suspect a enfin ouvert sa porte. » L’homme est grand, plus grand qu’André, qui n’est pas du genre petit. Même tenue que la femme. Un regard à la fois menaçant et moqueur.

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Superbe !
De : PAG
Superbe texte qui surprend et tient le lecteur/auditeur du début à la fin. Belle interprétation du narrateur. J’ai passé un très bon moment.
1 personne(s) sur 1 a trouvé ce commentaire utile.
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