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C’est pas l’homme qui prend la mer

Paru le : 01/03/2018

« Mémé, elle dit : Si tu veux quelque chose mon Dédé, le mieux c’est d’y penser très fort et de laisser la vie s’en charger. »

Alors il y pense très fort, souvent, à ce plus tard où il sera marin. Son bateau sera blanc, fuselé comme le poitrail d’une mouette aux pattes corail et rapide comme le vent. Contre les railleries de ses camarades de classe, les paroles blessantes de la maîtresse.

En attendant, il y a les récits de mer des livres d’histoires, ceux de son aïeule qui lui racontent l’extraordinaire et le danger des campagnes de pêche de l’arrière-grand-père sur les Terre-Neuvas, et l’âpre existence des femmes restées à quai.

Avec C’est pas l’homme qui prend la mer, Joëlle Cuvilliez nous offre un récit plein de tendresse, de force de caractère qui se forge au contact de l’élément marin si indomptable et pourtant si attirant.

Elle rend un bel hommage aux femmes. Celles qui encouragent, pansent les blessures du cœur, aident à faire grandir les rêves de gosses. Celles encore qui assument les difficultés du foyer, de la vie quand les hommes sont partis.

Tout au bord de la falaise, face au soleil qui éclaboussait la mer de paillettes dorées, j’ai fondu en larmes. Pourtant, je ne suis pas une poule mouillée. Si je compte pour du beurre le moment où je suis né parce que tout le monde démarre sa vie en pleurant, j’ai pleuré trois fois en seize ans.

La première fois, c’est quand maman est partie voir si ça pouvait coller avec son nouvel amoureux. Elle m’avait confié à mémé. Elle m’a dit : Ne pleure pas, mon chéri, c’est la dernière fois que je m’en vais, je te le promets. Elle n’avait pas menti, c’était bel et bien la dernière fois qu’elle partait. Le problème, c’est qu’elle n’est pas revenue. Pas encore ! précise mémé. Tu sais, le temps des enfants n’est pas celui des mamans qui cherchent un amoureux, mon Dédé. Fais-moi confiance : si tu n’attends rien, ni personne, ni rien de personne, le meilleur t’arrivera... Mémé, je la crois sur parole. Mais n’empêche, quand la porte de sa maison s’est refermée sur maman, je me suis senti désespéré. Elle m’a caressé les cheveux en disant tout le contraire de maman. Elle a dit : Pleure, mon Dédé ! Les larmes, ça lave les plus gros chagrins du monde et le sel, ça les dissout. Faut que tu comprennes que ta maman, elle t’aimera toujours. Mais peut-être pas tout le temps…
Je ne risque pas d’oublier ce jour-là : c’était le jour de la rentrée et la maîtresse nous avait demandé d’écrire sur une feuille notre nom, notre prénom, le nombre de nos frères et sœurs, le métier de notre père, celui de notre mère. J’ai juste écrit mon nom et mon prénom. Il fallait aussi expliquer quel métier nous aimerions exercer plus tard. J’ai mis « marin » et j’ai décrit mon futur bateau, je me le rappelle mot pour mot : « blanc et fuselé comme le poitrail d’une mouette aux pattes corail et rapide comme le vent ». Mémé, elle dit : Si tu veux quelque chose, mon Dédé, le mieux, c’est d’y penser très fort et de laisser la vie s’en charger. Alors, j’y pense souvent, surtout le soir, au moment de me coucher.

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Graine de champion !
De : yz
Très beau texte, très belle interprétation. On est tous de la graine de champion ! De quoi nous consoler dans les moments de désarroi. Merci Joëlle
2 personne(s) sur 2 ont trouvé ce commentaire utile.
Du bonheur !
De : aymeric
Très beau texte, je me suis régalé. Plein d’émotions, de vie et d’humour... Je l’ai écouté en audio, la lecture est formidable.
2 personne(s) sur 2 ont trouvé ce commentaire utile.
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