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Des mois que Jean-Louis s’était réfugié dans le silence, devenu pour lui la seule réponse possible au chaos assourdissant du monde, à la bêtise humaine.
Alors qu’il se trouvait dans un bar à Paris, les souvenirs mélancoliques d’un vieillard évoquèrent une jeune fille, Hinnya, rencontrée des années plus tôt, qui ne parlait jamais mais dont le chant pénétrait au plus profond des âmes.
Son chant entra dans le crâne de Jean-Louis. La petite inconnue grandit en lui, il se mit à la rêver et à désespérer de la perdre.
Du jour au lendemain, il abandonna tout pour partir à sa recherche dans un village au Mali.

Poème philosophique en prose, Petite Princesse du Silence est à la fois une ode au silence et une quête de soi.
Le silence comme réponse au bruit insensé du monde.
Le silence d’avant le lever du rideau. Instant suspendu où une histoire différente peut encore être racontée.
Mais un silence non stérile auquel le personnage principal cherche à donner sens, et pour lequel il entreprendra un long voyage vers l’Afrique à la recherche de son écho féminin.

LES COULISSES DE L'AUTEUR : Thomas Pourchayre

• Quelle est l’origine, la genèse du texte ?

Plusieurs choses en fait : un voyage au Mali, des images d’enfants. Une photo, c’est un truc étrange : c’est un silence sur ce qui n’est pas silence. Il y a eu aussi à la source un concert de Rokia Traoré, et des concerts de Lo’Jo : une des chanteuses de ce groupe commençait et finissait toujours les concerts par un rituel explosif : elle faisait danser ses cheveux. C’était totalement hypnotique !
Hors de ces souvenirs particuliers, il y a la place singulière du silence, en moi, depuis toujours.

• A-t-il eu un cheminement particulier dans votre esprit ? L’avez-vous porté longtemps en vous ?

Particulier… hum, oui, particulièrement long, déjà. Finir ce texte m’a pris douze ans. C’est peu ou prou un record pour moi ! J’ai fonctionné par petites touches, peu intentionnelles au départ. Je crois que je n’avais pas une conscience complète de ce que je faisais, c’est à dire du propos même du texte, avant la phase finale d’écriture, très récente. Et alors seulement j’ai retissé les choses à partir des évidences qui avaient surgi. Il y avait jusque-là dans Petite Princesse du Silence, dans les multiples versions, quelque chose d’un rêve qui ne voulait pas se trahir. Ou qui ne s’était pas parfaitement trouvé.

• Fait-il partie d’un ensemble de textes ? D’un travail plus global sur un thème qui vous tient à cœur ?

Non, il est vraiment à part. J’ai cherché à une époque à l’intégrer dans un recueil de nouvelles sur lequel je travaillais. J’en suis revenu. La « note » de ce texte était trop différente, dès le titre. Ça avait été la même chose pour Tire et tout viendra (ma précédente nouvelle publiée par 15K), d’ailleurs.

• A-t-il eu des versions différentes avant d’aboutir à celle-ci ?

Des dizaines, et de tailles extrêmement variables !
En fait la seule chose qui n’a jamais changé, c’est le titre. J’assume sa fausse naïveté. Elle renvoie à l’absence, à l’effacement, et en même temps à l’initiation. Le personnage éponyme, c’est une figure façon Teachers de Leonard Cohen.

• Comment avez-vous travaillé le texte ? Quelles intentions aviez-vous ?

Mon intention était de laisser faire. À rebrousse-poil de ce que je fais d’habitude. En général, je sais où je vais, j’ai au moins une intuition sur le développement du récit. Ici j’ai laissé en suspension tous les éléments qui se rencontraient en moi et j’ai le sentiment de les avoir laissés s’assembler.
Une petite fille qui chante, mais qui autrement, se tait. Qui grandit.
Un homme qui se cherche, en silence.
Ce silence de part et d’autre, et un monde autour qui fait décors mais qui n’oppose rien.
Une autre petite fille qui surgit, qui va déterminer le récit, l’envouter, tout en faisant sur elle-même le silence.
Et la place du chant comme un fil, un déclencheur, entre ces vies.

• Avez-vous eu besoin d’être dans un lieu particulier pour vous mettre à écrire ce texte ? De vous créer un environnement propice ? Une ambiance musicale… ?

Difficile à dire, vu le temps que j’ai passé sur ce texte tous les lieux y sont passés…! Je dirais que je me suis penché sur son écriture par moments fortuits, quand j’avais l’impression que le temps pouvait se distendre en silence autour de moi.

Les conseils de l’auteur :

● Quelle(s) musique(s)/chanson(s)/bruit d’ambiance conseilleriez-vous d’écouter avant/après avoir lu, écouté votre texte ? Et pourquoi pas pendant la lecture du texte à lire ?

Rokia Traoré ! Ses albums du début. Par exemple Bowmboi.
Et puis Lo’Jo. Il faut écouter tout Lo’Jo ! Là, je penserais à cette très courte et rare chanson, très délicate et effacée : Le piano. Cet effacement, cette retenue renvoie au silence, au point de bascule entre silence et voix. Je choisis ce morceau à la fois pour la mélodie, le timbre de la voix de Denis Péan, et les paroles : « Il a des tambours aux doigts / Des points d’or de solitude / Le piano a des touches muettes / Des vestiges d’argent. »
Je n’accepte d’écouter cette chanson que dans un total silence, avant, pendant, après !
Et je n’oublie pas Teachers de Cohen, dont je parlais tout à l’heure. C’est dans Song from a room je crois.

● Dans quel lieu conseilleriez-vous à votre lecteur/audiolecteur d’être pour lire ou écouter votre histoire ?

Un lieu qui évoque par lui-même le silence et le chant à la fois, sans être chargé en particulier par quelque chose. Dans la nature ce serait parfait. Dans des dunes de sable, encore mieux, mais pas forcément facile à trouver pour tout un chacun ! À Paris, le Jardin des Plantes s’impose. À Lyon, où je vis… Tiens, je ne sais pas. Une terrasse de café au petit matin… ou bien filer directement sur une montagne proche. À Douarnenez, sur le vieux port.
Et puis… Il me semble qu’un lieu comme un aéroport, ou tout lieu de transit (les lieux de transit modernes sont souvent des non-lieux absolus, vous avez remarqué ?) aux heures calmes... constituerait un bon lieu d’écoute.

● Que proposeriez-vous au lecteur/à l’audiolecteur de faire après avoir lu/écouté votre texte ?

De laisser reposer un peu. D’aller voir des enfants dans leur cour de récréation, de les voir retourner en cours et d’observer le silence s’installer là où ils étaient quelques minutes plus tôt.

LES COULISSES DU NARRATEUR : Catherine Gautier

C’est le silence qui, d’emblée, m’a enveloppée et séduite à la première lecture de ce texte de Thomas Pourchayre !
Son écriture, paradoxalement, nous fait entendre en permanence le silence, les silences, ses silences.
Ce silence, comme chanté, caché derrière les mots (en réponse à un vacarme intérieur pressenti), a été extrêmement intéressant à mettre en voix.

Poème philosophique en prose, ce texte est un bijou et la voix permet d’en ouvrir l’écrin.
Le porter à voix haute, livrer son chant, son sens, son silence, a été comme lire une partition qui laisserait libre court à une improvisation subtile.

Le rythme de l’écriture nous fait immédiatement nous fondre dans les pas et la quête de Jean-Louis, personnage central.
Nous avançons à son allure, cadence de l’homme qui avance lui-même sur le fil de sa vie. Une écriture déambulatoire, avec sa lenteur, ses ruptures, ses accélérations qui sont savoureuses à mettre en voix. Cette voix, telle une caméra, fait naître progressivement les images, balaie tous les éléments visuels, devient zoom !
Une lecture préparatoire avec Dany Grard m’a permis d’affiner encore les partis-pris de tonalité les plus proches de l’histoire et de ses protagonistes.

C’était pour moi un premier enregistrement chez 15K. Dans un univers technique de très grande qualité, l’atmosphère de travail fut extrêmement chaleureuse, enjouée mais rigoureuse aussi ! Une très belle collaboration !
Une image me reste et me fait sourire, c’est l’étonnement amusé de Dany lorsque j’ôte mes chaussures en cabine pour que mes pieds nus s’ancrent ainsi dans le sol !
Une « prise de terre » bien stable pour n’être plus que voix et pensée !

Ce fut un immense plaisir d’enregistrer ce texte écrit comme un chant intérieur murmuré… et partagé !

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