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À l’école primaire, le narrateur s’éprend de Sophie, une fillette ravissante de son âge.
Au collège, il lui adresse pour la première fois la parole. Et exulte, en vain, à la perspective de cette boum où il pourra enfin la serrer dans ses bras.
Par la suite, ils se croiseront de temps à autre, échangeant quelques mots.
Jusqu’à ce week-end de lycée où il apprend qu’elle ira à une fête dans un appartement chic de Nantes. Il s’y rendra lui aussi, bien déterminé à tenter sa chance.

Avec humour et s’inspirant de l’adolescent qu’il a été, Stéphane Rosière décrit le cheminement du sentiment amoureux. De sa naissance, ses émois et la prise de conscience perturbante que l’on devient un être sexué, à son achèvement pour lequel il préfère le détachement aux regrets.
Et si nous avions finalement idéalisé cet autre qui, à cet âge des montagnes russes du corps et de l’âme, nous a chaviré le cœur, fait trembler les jambes autant que les mots. Cet autre dont l’absence nous tuerait.

L’Amour dans la salle de bains nous ramène à l’époque des boums et des slows où, lumière baissée, on allait enfin pouvoir toucher l’autre, au moment du baiser qui voulait dire qu’on « sortait », des cravates ficelles branchées et du téléphone portable qui n’existait pas.

LES COULISSES DE L'AUTEUR : Stéphane Rosière

J’ai entendu la lecture, sur France inter, d’un texte de Roberto Bolaño (ou de António Lobo Antunes, j’ai un doute) qui racontait un amour de jeunesse de cet écrivain. L’histoire était simple et touchante. J’ai eu le sentiment qu’il m’était possible de faire de même, en fouillant mon passé, et de décrire la naissance du sentiment amoureux. Cette histoire est ressortie tout de suite, elle est largement autobiographique quoique recomposée.

J’ai écrit ce texte au printemps 2018, en un jet. Après le texte a mûri. Je l’ai proposé à une revue qui l’a refusé. Je l’ai laissé reposer un an environ, avant de le remanier et de lui donner son titre actuel. Entre les deux versions, c’est surtout le point de vue du narrateur qui a changé. Dans le texte initial, le narrateur était resté plus amoureux. Il était dominé par le regret alors que, dans la seconde version, l’auteur est plus détaché de cette histoire. De ce fait, le texte est plus positif. Le personnage aurait pu agir d’une autre façon, comme il le rêve dans cette histoire, mais ce n’est pas grave.

Cette nouvelle ne s’insère pas dans un ensemble de textes, mais elle pourrait trouver place dans mon roman Hantements (auto-publié en 2013, il accompagnait la sortie d’Amanuma, le disque de Manuel Bienvenu sur lequel je lis un extrait de ce texte). Hantements est un texte écrit à la seconde personne (non pas le « vous » de La Modification de Butor, mais le « tu » d’Un Homme qui dort de Perec ou de La Montagne de l’âme de Xingjian). Ce long texte, dénué de paragraphes, mais qui change de typographie régulièrement est traversé par des passages autobiographiques, entre des strates de fictions complètes. Si je souhaitais remanier et enrichir ce roman, il suffirait simplement que je bascule « l’amour dans la salle de bains » à la deuxième personne du singulier et elle trouverait là sa place sans aucun problème. Aucune décision n’est prise à ce stade.

Je suis parti de la volonté de retrouver les émotions très fortes qui m’ont traversé à cet âge, vers quinze, seize ans. La difficulté à devenir un être sexué, alors que finalement le monde de l’enfance paraît plus simple. Donc, mon intention était bien de restituer les affres, les souffrances du jeune Werther. À cet âge, on vit les montagnes russes, tout peut basculer, de l’exaltant au dramatique. J’ai néanmoins écarté le dramatique pour en rester à l’humour. Il me semblait également intéressant d’écrire une scène de sexe dans la mesure où, si j’ai mon côté punk, je suis aussi assez prude dans mes écrits.

Les conseils de l’auteur :

Je n’aurais qu’un seul souhait (plutôt qu’un conseil) : que le lecteur ou l’auditeur prenne lui-même la plume et commence à écrire. C’est-à-dire que se poursuive le cercle vertueux qui, dans mon cas, a débuté en écoutant la lecture d’un texte sur France inter. J’en serais ravi. Il y a deux types d’auteurs : ceux qui vous intimident, vous paralysent et finalement liquident votre propre potentiel créateur, et ceux qui vous stimulent, qui vous donnent envie d’écrire. Si j’ai un vœu à émettre, c’est celui d’espérer stimuler mes lecteurs afin qu’ils passent à l’acte.

LES COULISSES DU NARRATEUR : Patrick Sueur

Pour la deuxième fois la directrice/éditrice de 15K m’accorde sa confiance et me propose de lire le texte de Stéphane Rosière, « L’amour dans la salle de bain ».
À nouveau se met en place pour moi une sorte de rituel dans le travail à effectuer. Lire une première fois pour le plaisir, la découverte d’un nouveau texte. Laisser reposer quelques jours. Attendre pour voir ce qui reste de cette première fois. Un peu comme pour le personnage de ce récit.
Puis vient la deuxième lecture sur laquelle je m’arrête je reprends j’annote.
Dans le cas de ce texte très précisément me viennent par bouffées des couleurs, des souvenirs de filles observées sans oser les aborder, ce qui me permet d’entrer à la fois dans l’histoire de Stéphane Rosière mais aussi dans la partie émotionnelle.

Le texte ne présente pas a priori de difficultés techniques particulières, il offre d’emblée la possibilité de s’amuser, d’entrer dans la partition avec délectation. J’ai, comme beaucoup de garçons j’imagine, vécu ce que nous raconte l’auteur, l’envie d’approcher quelqu’un qui nous plait mais ne sachant trop comment nous y prendre.

Vient l’enregistrement. Le moment de la restitution du texte en studio. Pour être tout à fait honnête le moment que je préfère. Le travail va alors consister à trouver cet équilibre entre la présence et l’effacement, à trouver pour l’acteur que je suis, la juste place au service du texte, de ses forces et de ses subtilités, à réapprendre et éprouver à nouveau la simplicité du « texte debout ».
Le récit de Stéphane Rosière m’a conduit à entretenir tout le long une notion de légèreté très agréable à vivre.
Comme à chaque fois le moment venu de peaufiner le travail sous la direction conjointe de l’éditrice et de l’ingénieur du son a été un moment très jubilatoire pour moi. Retrouver les sensations traversées en début d’enregistrement pour corriger ici ou là un mot, une respiration, un rythme est un travail qui me plait énormément.

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