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À longueur de journée, le narrateur se complaît dans l’apathie. Il traîne au lit avant d’échouer sur le canapé du salon, l’envie de rien. Lentement, il s’efface de la vue des autres et de celle de sa femme laquelle va finir par le quitter.

Mais loin de le plonger dans un état de dépression plus grand encore, ce départ lui redonne goût à la vie. Par la pensée, il reconstruit avec l’absente une relation idéale, un couple à l’entente parfaite.

Et si l’absence de l’autre moitié du couple était le meilleur moyen de vivre avec, de l’aimer ?
C’est en tout cas cette expérience du bonheur conjugal que François Teyssandier offre à son personnage masculin dans L’Absente.

Sur le ton de l’humour noir, le récit s’étire d’abord dans une réalité quotidienne morne et désespérante avant de basculer dans les registres du fantastique et de l’absurde pour nous surprendre et nous amuser.

LES COULISSES DE L'AUTEUR : François Teyssandier

La genèse de la nouvelle L’Absente est assez obscure pour moi. Je voulais simplement parler d’une femme qui quitte un jour son mari, sans la moindre explication, parce qu’elle ne supporte plus qu’il soit devenu presque invisible à ses yeux. L’homme s’absente lentement de lui-même, par son inertie, son indifférence aux autres, son mal-être, et son refus de vivre. Une sorte d’ennui diffus qu’il ne cherche pas à combattre. Au départ, donc, l’histoire peut sembler morne et banale. Mais comme j’aime m’éloigner, par légers glissements successifs, du réel et d’un quotidien trop terre à terre, j’ai eu brusquement l’idée que le mari allait se réapproprier, après le départ inopiné de son épouse, l’existence de sa femme, du moins par la pensée. Et, en fin de compte, l’épouse va redevenir présente auprès de lui, bien plus présente que lorsqu’elle vivait en chair et en os dans leur appartement. Le couple se reforme, en quelque sorte. Bien plus uni qu’auparavant.

Ce texte a subi plusieurs versions, sans que je sache pendant un certain temps quelle en serait la fin exacte. Mais je ne voulais pas que le récit soit uniquement le récit d’un homme désespéré, qui se suicide à petit feu. Dès l’instant où j’ai introduit le départ de la femme, j’ai su que le texte prendrait finalement une tournure plus positive et sereine, voire presque irréelle.

Ce texte a été écrit quasiment en même temps qu’un autre texte intitulé Le Couvert qui a paru dans la revue Népenthès, sur un thème voisin, celui de la séparation (mais cette fois réciproquement consentie) à l’intérieur d’un couple. Mais ces deux textes ne font pas vraiment partie d’un ensemble commun. Quant au thème de la séparation, qui marque la fin d’un amour partagé, il m’intéresse en soi, mais je ne me focalise pas sur lui. Ce n’est qu’un thème parmi beaucoup d’autres. (Et rien d’autobiographique dans cette nouvelle, je rassure les futurs lecteurs/auditeurs !)

J’écris chez moi, dans mon bureau, dès le matin, mais jamais très tôt. Pour reprendre l’après-midi, si je ne me consacre pas à la poésie, qui reste somme toute mon activité principale. Je commence toujours par écrire une nouvelle au stylo, sur un bloc de papier, sans plan préétabli. Je n’ai qu’une vague, très vague parfois, idée du récit à venir. Je me laisse porter par l’humeur du moment, par le temps qu’il fait dehors, par mon imagination, mes lectures du moment, sans trop savoir où je vais aller. J’aime bien l’imprévu. Il stimule et inquiète en même temps. J’ai l’impression de marcher sur un fil, comme une sorte de funambule, et de faire attention à chaque mot, à chaque phrase, à ne pas perdre l’équilibre. Un équilibre toujours précaire. Mais il me faut cette adrénaline pour continuer à écrire. Elle me pousse irrémédiablement à aller de l’avant. L’écriture est un peu comme une course d’obstacles ! La conclusion du récit (je n’aime pas le terme de chute, trop souvent galvaudé me semble-t-il dans la bouche des nouvellistes, et qui pour moi ne veut pas dire grand-chose) n’apparaît qu’au fur et à mesure de la progression interne du texte. Bref, au début, je pars à l’aventure, et je ne m’arrête d’écrire que lorsque j’ai le sentiment que le texte a trouvé sa fin logique, même si elle peut sembler au lecteur totalement irrationnelle. Mais je ne me soucie guère de véracité. Pour moi, le politiquement correct n’existe pas en littérature. J’ai écrit beaucoup de nouvelles à tonalité absurde ou fantastique, car je le répète, je n’aime pas le réalisme à tout crin.

Je ne cherche pas non plus systématiquement à produire des effets sur les lecteurs éventuels, ou à déclencher des émotions programmées à l’avance. J’essaie plutôt de créer une atmosphère particulière, parfois un peu étrange, pour perturber (mais sans excès voulu) le confort de lecture auquel on pourrait s’attendre au départ, et qui peut surprendre au fur et à mesure que le récit progresse. Et souvent je suis moi-même surpris par le fil de l’histoire, et cet état de surprise m’enchante.

J’écris toujours dans le silence de mon bureau, même si à Paris ce n’est pas toujours très évident ! Jamais de musique en fond sonore qui pourrait perturber ma concentration et mon travail d’écriture. Pas d’animal non plus (je n’ai pas de chat, désolé !). J’ai besoin d’être seul devant la page blanche pour la noircir progressivement de mots. Il y a, bien sûr, de nombreuses ratures. Il m’arrive souvent de laisser reposer un texte, comme on fait reposer la terre pour qu’elle soit plus fertile, pour le reprendre plus tard, sans que je le décide vraiment. J’attends de ressentir l’envie de me replonger dans un texte pour le poursuivre ou le remanier, et quelquefois dans une direction différente.

LES COULISSES DU NARRATEUR : Guillaume Rousselet

Dans un premier temps, le texte m’a étonné et fait sourire à cause de son ton et de l’image de goujat, d’ours mal léché que le personnage principal connotait. Sa franchise déconcertante me fit penser à Jean Yanne (peut-être dû à la déformation du comédien qui cherche délibérément à entendre une voix plus ou moins familière à laquelle se raccrocher).

En effet, cet individu est à la fois drôle, touchant, pathétique, intègre, sans concession, affreux, sale et méchant...Puis, peu à peu, au fur et à mesure des relectures, le côté touchant a pris le dessus comme si je m’y attachais, le comprenais, car il est toujours honnête envers lui-même, honnête sur ce qu’il vit et ce qu’il éprouve.
Disons que sa pathétique solitude m’a amené à me demander s’il allait craquer, s’effondrer sur lui-même, sur ses certitudes et plonger dans un mea-maxi-culpa qui me procurerait un shoot emphatique. Mais non, il reste droit dans ses bottes et dans ses vicissitudes et ça...c’est jouissif.

Petite anecdote. N’ayant pas de téléphone fixe, et captant très mal avec mon portable dans le trou paumé où je réside, la première lecture téléphonique avec Dany Grard (l’éditrice des éditions 15K, pour rappel), se fit dans ma voiture, sur le parking de la salle polyvalente de Paimpont, le texte sur les genoux, le cellulaire en mode main libre sur le volant et à mes pieds : une paire de charentaises à l’âge incertain. Cette anecdote nous fit bien rire avec Dany, et me mettait dans une sorte de mimétisme physique avec notre héros même si ce ne fut pas si facile de trouver la voix de ce personnage brumeux.

Je vous souhaite une bonne écoute.

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