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« As-tu bien fermé le poulailler ? » s’inquiétait Herminie à chaque fois que la narratrice, accompagnée de ses jumeaux, lui rendait visite à la maison de retraite.
Après l’avoir rassurée, cette dernière attendait l’histoire du renard dont elle se régalait sans aucune lassitude. Puis le rituel se prolongeait avec d’autres histoires pittoresques sur les rouquins magnifiques dans une joyeuse complicité.

Mais ce mercredi-là, elles ne s’appesantirent pas sur les rusés prédateurs.
Autre chose perturbait la vieille dame.

Qu’avait donc cet homme à faire sa sieste devant chez elle ?

Dans La sieste, la narratrice, avec un regard plein de tendresse, nous dessine le portrait de son aïeule. Une vieille dame pétillante, au grand cœur qui aura sacrifié son existence à celle des autres avec sourire et abnégation. Un être d’émotion hanté par le fantôme d’une sœur qu’elle n’aura pas su sauver.
Une petite phrase anodine prononcée par la vieille dame sur la présence incongrue d’un dormeur devant sa fenêtre revient, telle une rengaine, perturber et nourrir ce portrait.
Un texte sensible sur le don de soi. L’amour des autres plus que de soi-même. Le bonheur des petites joies du quotidien. Mais également sur le sentiment de culpabilité que peuvent éprouver les familles lorsqu’elles sont contraintes de placer leurs aînés en maison de retraite.

LES COULISSES DE L'AUTEUR : Viviane Campomar

À l’origine de cette histoire, une vieille tante par alliance dont je me suis « éprise » dès la première rencontre, et quelques anecdotes, tirées de sa vie ou de l’observation des maisons de retraite, de celles qui agrémentent ou pimentent les déjeuners familiaux. Herminie était son prénom de naissance, mais pour des raisons mystérieuses, personne ne l’avait jamais nommée ainsi, de sorte que ce prénom titillait mon imagination. Durant des années et bien après sa mort, cette femme généreuse, dont la vie avait été si peu visible, sauf de son entourage proche, m’a accompagnée discrètement. Elle avait la trempe et la beauté délicate de ces héroïnes ordinaires dont la vie, simple en apparence, recèle mille et une richesses.
L’essentiel de mon travail d’écriture tourne autour des femmes. Particulièrement des femmes de l’ombre, de celles que la société laisse au bord du chemin. En 2009, dans mon recueil de nouvelles Entre fleurs et violences, je donnais la parole à quelques-unes d’entre elles, courageuses et battantes, capables de relever la tête quand la vie ne les gâtait pas. J’aime partir de la réalité pour la déformer, la faire grincer, pointer du doigt ce qu’on préfère cacher, tenter de déterrer les tabous. Par ailleurs, la nouvelle est un genre littéraire que j’affectionne particulièrement. Après deux publications sur des thèmes très sombres, j’avais besoin d’un personnage féminin bien plus positif et rayonnant. Je savais qu’un jour, Herminie s’immiscerait dans un texte, mais sous quelle forme ? Elle était insaisissable, et les bribes de sa vie ne trouvaient pas le chemin des mots. Je ne la brusquais pas, je n’étais pas prête pour l’accueillir. Je n’avais jamais abordé le thème de la vieillesse, ni évoqué de personnages du début du XXème siècle, je travaillais sur d’autres projets, sans but précis.

Et d’un coup, en 2018, alors que je papillonnais ailleurs, la nouvelle s’est révélée à moi dans sa quasi intégralité : Herminie m’avait touchée de sa grâce, moi qui ne crois pas aux miracles. Herminie, le personnage, s’est imposée dans une sorte de transfiguration du réel, au sens musical et romantique du terme. Car c’est vraiment de lumière et de musique dont il s’agit, j’avais senti la couleur de sa voix, dans une synesthésie magique j’entrevoyais toute la tonalité à donner à sa vie, je tenais et l’atmosphère et la chute, même si j’hésitais encore sur le cheminement de l’histoire. Je brodais, à la façon dont Herminie reprend son ouvrage qui n’a plus d’âge, je détricotais les faits bruts pour tisser une toile plus universelle. Je laissais Herminie devenir délicieusement attachante.
Difficile pour moi d’écrire d’un seul jet, avec les contraintes matérielles et mon métier d’enseignante, pourtant durant plusieurs semaines, je n’ai plus quitté ce texte, que j’ai tapé directement sur l’ordinateur, tout en prenant quelques notes dans un petit carnet. Au début, toujours le silence, nécessaire pour l’amorçage d’une histoire et de sa musique interne, puis, de temps à autre, des schubertiades qui accompagnent souvent mon écriture, et dont le raffinement m’aidait dans mon nuancier. Des trios subtils, des sonates, des quatuors délicats. Parfois, je me laissais transporter par le poignant Nisi Dominus, de Vivaldi, et la voix aérienne d’Andreas Scholl faisait écho à celle d’Herminie. Je n’ai écrit qu’une version, mais combien il m’a fallu d’ajustements, de précision sur chaque détail pour que les résonances puissent s’enchaîner de façon fluide ! Je n’ai cessé de relire à voix haute des fragments ou la totalité, pour ne changer parfois qu’un seul verbe, il fallait que la partition se déroule sans autre interruption que cette rengaine étrange sur cet homme faisant sa sieste sur le balcon.

Sans en être parfaitement consciente, j’écrivais sur des sujets qui me tenaient à cœur. Mon désir n’était pas de me limiter au simple portrait d’une vieille dame exquise, mais de mettre en lumière un être d’émotion, une de ces femmes comme il y en eut tant dans ces générations de la Grande Guerre, qui ne savaient que se dévouer à leur chère famille. Et cela me permettait simultanément d’évoquer, de façon légère et amusée, la vieillesse et la douceur des effacements, la dérive des illusions pour amortir les réalités trop dures.

Les mois que j’ai passés à ciseler La sieste ont été des moments de pur plaisir, dans une harmonie dont l’expérience m’enchante encore.

LES COULISSES DU NARRATEUR : Marion Berthier

J’ai beaucoup apprécié prêter ma voix à la nouvelle « La sieste » de Viviane Campomar.
Une nouvelle très touchante, le portrait d’une femme ordinaire, Herminie, raconté par la narratrice, sa parente, qui vient lui rendre visite à L’EPAHD, où, cet après-midi-là…
J’ai tenté lors de mon travail préparatoire (qui a consisté en des lectures successives à voix haute pour se nicher le texte en bouche et trouver un relief et un ton juste au texte) de retranscrire la tendresse et l’attention du regard de la narratrice sur le personnage d’Herminie, joyeux, heurté par son histoire et quelque peu décalé de par son grand âge.
J’ai également souhaité mettre en valeur les humeurs pétillantes et amusées lorsqu’il s’agit des petites anecdotes facétieuses de la vieille dame.
Passer d’une voix d’un protagoniste à celle d’un autre fut un attrait supplémentaire de cette lecture, un amusement.

Nous avons enregistré dans un superbe studio, avec vue sur les plantations d’un pépiniériste, au calme en plein cœur d’une zone commerciale, un moment suspendu dans le brouhaha du monde.
Dany à l’écoute et présente m’ayant laissé libre de mon rythme et de mes intentions, j’ai pu m’emparer de cette lecture comme une sieste tonique et éveillée cet après-midi-là…

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