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Un texte de Julie Legrand lu par Margot Châron

Amélie Morin avait eu une journée de travail particulièrement éprouvante chez The Link, le prestigieux cabinet d’avocats parisien où elle exerçait avec zèle et abnégation la fonction d’assistante bilingue. Qui plus est, Marc Vignières, pour lequel elle vouait un penchant certain avait été en déplacement toute la journée, la privant ainsi d’un élément de soutien dans cet environnement hostile.
Aussi pour se remonter le moral, se pressait-elle au Daily Monop’ du Boulevard du Montparnasse dont elle appréciait le cadre luxueux et les délicieux plats préparés qu’elle savourerait tout en visionnant une scène clé du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, son film favori.

Mais en progressant entre les rayons, en ce soir de « nocturne » du magasin, elle éprouva une sensation de malaise. Bizarrement, la clientèle était en majorité masculine.

Avec Love shopping, Julie Legrand nous propose une comédie contemporaine et romantique dont le décor, un temple de la consommation citadine croqué avec une extrême précision, se fait pour un soir le chantre de l’amour.

Les nostalgiques du film Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain apprécieront les nombreuses références qui en constituent le fil conducteur et ajoutent au comique de situations qui flirtent avec le burlesque voire l’absurde.

Néanmoins si l’histoire est légère, se dessine en arrière-plan le mal profond de notre société ultra-performante et déshumanisée qu’est la solitude des cœurs.

LES COULISSES DE L'AUTEUR : Julie Legrand

Love shopping est né d’une émulation littéraire collective. Il y a quelques années, j’ai fait partie d’un groupe de nouvellistes qui, une fois par mois se donnait comme contrainte de proposer un thème à tour de rôle à partir duquel écrire une nouvelle. Dans le cas de Love shopping, il s’agissait de : « Incident au Monoprix » qui a donné naissance au texte. L’expérience du « texte de commande » n’est pas à proprement parler inédite puisqu’il m’est arrivé de participer à des appels lancés par des revues littéraires. Il est un prétexte d’écriture qui permet une certaine « aération de l’esprit ». Il m’arrive de laisser mûrir longtemps un projet et d’aborder l’écriture avec une certaine appréhension pour ne pas dire difficulté. Le « thème imposé » permet de rompre avec ses codes, se surprendre soi-même en créant une dynamique et en livrant cours à des sentiments qu’on n’aurait pas forcément anticipés. J’aime cette liberté qui naît du cadre. Le mouvement qu’on y trouve, la perspective des pistes à explorer entrainant une stimulation dans l’écriture. Un peu comme une gymnastique de l’esprit ludique et inventive. À la manière de ces jeux d’écriture, les cadavre-exquis proposés par les surréalistes, ou les expériences littéraires des auteurs de l’Oulipo se définissant comme « des rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir »…

Une autre des « contrainte » d’écriture de Love shopping était le temps donné pour livrer le texte. Il s’agissait de 15 jours, si ma mémoire est bonne. Le cheminement s’est fait en fonction de cette date butoir, sans difficultés majeures dans le sens où le thème m’a tout de suite inspiré quelque chose. Je n’ai pas su quoi dans l’immédiat mais j’ai laissé les mots s’imprimer, les sensations s’installer et les associations d’idées se mettre en place… Le thème m’a vite inspiré un ton léger. J’ai su qu’il s’agirait de traiter une comédie contemporaine imposée par l’évocation du Monoprix, temple du consumérisme citadin. Une première impression qui a tissé peu à peu sa trame de fond…

Appréciant la forme de la nouvelle en général, j’aime quand celles-ci forment un tout cohérent dans le cas d’une compilation en recueil. Dans un de mes recueils publiés, les nouvelles se liaient les unes aux autres au travers d’un thème que j’avais en tête. Love shopping fait exception à ce fonctionnement et ne s’associe à aucun texte en particulier. Je n’ai jamais essayé de l’intégrer à un projet de recueil. Il me paraît devoir exister à part entière et dénoter des projets que j’ai développés durant la même période, par sa légèreté de ton, notamment. C’est un texte qui ne pouvait exister ou paraitre que sous une forme isolée… Il est donc particulièrement bien mis en valeur chez 15K !

Il n’existe qu’une version du texte qui a été écrit d’une traite. Cependant, le titre original a été modifié. Au départ, il faisait plus implicitement référence au film Amélie Poulain qui sert de fil référent à l’histoire. Mais il alourdissait trop l’attention. Love shopping s’est imposé plus tard en apportant une touche moderne et ludique plus proche de l’esprit de l’histoire.

L’histoire s’est imposée par association d’idées progressives. Du Monoprix où se déroule l’action (sur lequel j’ai fait pas mal de recherches qui ont donné lieu à la plupart des descriptions concernant, notamment, l’atmosphère et les produits) un personnage s’est peu à peu dessiné. La notion d’incident induite par le thème m’a donné l’idée d’une personnalité lunaire, un peu à la manière d’un Pierre Richard à l’écran. J’ai conçu quelque chose de visuel auquel j’ai associé quelques souvenirs personnels — le cabinet d’avocats où travaille Amélie, par exemple. La fiction s’est imposée à partir de ces éléments. Le clin d’œil au film Amélie Poulain a structuré le déroulement romanesque et la fantaisie des situations tendant vers le burlesque ou l’absurde. L’intention était, bien sûr, de surprendre le lecteur, le tenir en haleine par les différents éléments développés mais aussi de l’attacher à cette jeune fille myope et timide en l’associant à son désarroi. Il s’agissait de l’amuser tout en l’émouvant. Apporter une profondeur au comique de situation. Le tout avec une référence implicite au cinéma auquel est forcément, dans mon esprit, le quatorzième arrondissement de Paris où se déroule en partie l’histoire.

LES COULISSES DU NARRATEUR : Margot Châron

Love shopping.

C’est l’histoire d’Amélie, assistante bilingue dans un cabinet de droit des affaires anglo-saxon.
Working girl de 28 ans, dévouée à son travail, il manque cependant quelque chose dans la vie d’Amélie. Ce dont chacune d’entre nous rêve en secret, la rencontre qui bouleversera sa vie...

« l’image de la fille au Fabuleux destin embrassant son fiancé dans la scène finale du film se matérialisait dans son esprit... »

Un certain 14 février, jour de vague à l’âme, Amélie se rend au Daily Monop’, ce lieu raffiné où elle aime se réfugier pour oublier sa solitude...

« illusion de salle de bal escamotant le concept d’épicerie sophistiquée créé pour répondre aux besoins de jeunes actifs incapables de se faire cuire un œuf. »

Quand soudain...

Je ne vous dirai pas tout. Je vous laisse découvrir ce texte très amusant de Julie Legrand, qui m’a beaucoup surprise à la première lecture et qui ensuite nous donne une autre vision de notre rapport à la consommation... Vous y découvrirez un univers décalé, où l’importance des prix, le rapport à l’autre et à la relation amoureuse sont passés en revue. Le vocabulaire inhérent à cette nouvelle langue qui germe et s’étend chaque jour… jusqu’à envahir nos plus profondes aspirations se trouve mis en avant et se révèle à nous avec humour et parfois terreur aussi...

J’ai abordé ce texte avec beaucoup de légèreté et à la fois en essayant de prendre en compte la sincérité du personnage d’Amélie, son envie de vibrer, de sortir du carcan professionnel...
Le vocabulaire anglophone a été plus fluide après quelques exercices de répétition... !

C’est pour moi chaque fois un plaisir d’aller à la rencontre d’un texte, d’une histoire, d’une écriture.
Tenter de me rapprocher de son essence, de ce que l’auteure a voulu dire, de faire corps avec son œuvre.

Avec Dany et Amaury nous échangeons beaucoup pendant l’enregistrement sur la narration, les dialogues, pour trouver l’endroit de la parole, celle qui se met ni en avant du texte, ni en arrière... On reprend dès que la nécessité se fait sentir, parfois plusieurs fois, pour que chaque intention soit juste, pour que le son vienne confirmer le texte.

J’espère que vous prendrez plaisir à partager ce moment en compagnie du personnage d’Amélie...

Bonne écoute !

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