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Un texte de Françoise Cohen lu par Annie Chauveau

Par une nuit d’août 1625, Dolores traverse la ville de Tolède en courant.
La jeune fille est en danger.
Une mystérieuse disparition de bijoux, dont la jeune servante est accusée s’est produite chez sa maîtresse, la Marquise.

Dolores vient chercher de l’aide auprès de sa sœur et de son oncle lequel croit en la magie d’un tableau pour la sauver.

Dans ce conte à la réalité menaçante, où l’Inquisition rôde, où le puissant a tout pouvoir sur le faible, Françoise Cohen fait surgir de l’apparition du tableau du Greco, Vue de Tolède, la lumière, et avec elle la révélation d’une échappée.
La beauté d’un chef-d’œuvre, à qui sait la recevoir, possèderait ce pouvoir magique de transformer la réalité et de gommer les infortunes.

De cristal et d’eau est une histoire empreinte de poésie et de mystère. Une invitation à croire en l’heureuse existence d’un refuge pour chacun de l’autre côté de la toile.

LES COULISSES DE L'AUTEUR : Françoise Cohen

Au commencement, il y avait, tout au fond d’un tiroir, un texte oublié depuis longtemps. Il y était question de vol de bijoux dans l’Espagne du XVIIe siècle, d’une marquise et d’un perroquet. C’était à peu près tout. À cette histoire que j’avais écrite, il manquait quelque chose… Je ne savais pas exactement quoi, aussi fut-elle abandonnée au sort triste et poussiéreux du tiroir. Et puis, tout récemment, l’envie me prit de composer une nouvelle qui se passerait à Tolède à l’époque de l’Inquisition et je me souvins de cette première ébauche. Le tableau du Gréco m’inspira un nouveau récit qui reprenait les éléments du premier en les orientant différemment.
La « vue de Tolède » que j’ai toujours adorée était cet élément manquant qui put faire la jonction entre les deux textes. Ainsi naquit De cristal et d’eau.

Pourquoi avoir choisi ce contexte historique ? L’Espagne joue un rôle important dans mon histoire familiale, et les thèmes abordés (marranisme, injustice) me tiennent à cœur. Pour l’instant, cette nouvelle n’appartient à aucun ensemble mais il est possible qu’elle finisse par intégrer un projet plus vaste. Je procède généralement autrement, construisant mes recueils autour de plusieurs thématiques telles que la mémoire, l’identité ou l’absence, par exemple. Lorsque surgissent les situations et les personnages, ils m’amènent tout naturellement à un traitement intimiste ou légèrement fantastique, en fonction de l’intrigue, de l’environnement, des images. Il arrive que j’aie besoin de traduire le plus précisément possible des impressions de la vie réelle, ou bien que je ressente au contraire la nécessité de recourir à un monde fait de mystère et d’onirisme. Dans, De cristal et d’eau, l’approche fantastique s’est imposée à moi. Le fantastique est un genre que j’affectionne depuis toujours car il permet d’imaginer avec une plus grande liberté et de pousser la suggestion au-delà des frontières du réel. Cependant, l’arrière-fond historique est le fruit de quelques recherches et vérifications permettant de donner une structure cohérente à l’histoire racontée.

Quelques secrets de fabrication ? Chaque auteur a sa façon. Certains produisent une grande quantité de texte brut sur lequel ils feront plus tard des coupes. Mon système est à l’opposé : j’avance pas à pas, par ajouts successifs. Les motifs naissent et se juxtaposent comme dans un ouvrage de broderie, si bien que la dernière version est toujours beaucoup plus longue que la première, limitée à une simple trame.

Enfin, tout au long de la rédaction de cette nouvelle, la guitare enchantée de Narciso Yepes jouant les classiques espagnols (Albéniz, Granados, Tárrega, etc.) m’a accompagnée, créant un climat d’harmonie propice au voyage dans l’espace et dans le temps. J’espère réussir à entraîner le lecteur et l’auditeur dans ce voyage, car tel est le but de mon travail.

LES COULISSES DU NARRATEUR : Annie Chauveau

Découvrir un texte c’est comme entrer dans la mer.
Au début l’eau est froide, on barbote on s’asperge et finalement plus on y goûte et plus elle semble chaude, et accueillante puis on joue avec les vagues, on fait la planche jusqu’à ne plus vouloir sortir tant on s’y sent bien.

C’est la même chose avec une lecture, d’abord c’est froid enfin c’est ce qu’on se dit car il y a toujours l’appréhension de l’inconnu, puis il y a la curiosité qui nous embarque, ensuite on joue avec les mots et quand soudain on se sent portée par la musique des phrases c’est un vrai bonheur.
J’ai commencé par m’attacher à l’histoire, l’intrigue. J’ai cherché à comprendre la raison de ce texte. Puis j’ai joué avec les phrases que j’ai essayées d’une manière puis d’une autre. Ensuite je me suis penchée sur les personnages, comment parlent-t-ils ? C’est le côté le plus ludique du travail, une recherche particulière, car c’est un narrateur qui tout à coup dit les personnages. C’est une intrusion dans la narration qui ne doit en aucun cas la troubler. Faire le perroquet et continuer « comme si de rien n’était » !
Dany m’a beaucoup aidée en amont pour trouver le jeu de chacun des personnages, qui s’interpellent, se coupent la parole…
La narration c’est le plus subtile. D’abord on s’implique, on y va à fond, on en rajoute, et quand on a tout exploré, quand on a pris toute la place, alors il est temps de se retirer doucement pour ne laisser que la voix portée par les mots, les phrases, l’histoire. Il faut savoir être derrière le propos, ne pas trop en dire, donner à entendre à l’auditeur sans lui imposer notre émotion, notre interprétation mais lui permettre de les avoir toutes, d’être entièrement libre dans son écoute.
C’est le travail le plus passionnant. Quelque chose de l’ordre de la neutralité investie, l’envie d’adoucir la voix pour accueillir au mieux l’oreille de l’auditeur.

Le texte de Françoise Cohen est intriguant, ludique, et mystérieux. Il m’a fait penser à un texte de Marguerite Yourcenar, Comment Wang Fo fut sauvé que j’ai eu l’occasion de lire en public.
Le récit bascule soudain dans l’énigmatique, l’inexpliqué. J’ai été agréablement surprise de me sentir embarquée dans cette étrangeté sans m’y forcer, le lyrisme des mots, la musique des phrases m’ont emportée. J’ai beaucoup observé le tableau du Greco dont il est question et lorsque je reprenais la lecture, il restait bien présent.
Je visualise toujours ce que je lis. J’y suis, je vis, je donne à voir comme à entendre.

J’ai beaucoup aimé l’enregistrement. L’accueil est sympathique et chaleureux. Le studio d’Amaury est magnifique ! Et j’ai été très agréablement coachée et dirigée. Dany et Amaury sont d’une très grande efficacité et d’une grande bienveillance.
C’est assez rapide, on aimerait rester encore un peu, refaire quelques phrases, préciser encore. Mais finalement la rapidité oblige à une certaine efficacité, nous oblige à donner le meilleur.
Ce fut un moment agréable que je suis prête à recommencer !

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