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Un texte de Marc Legrand lu par Dominique Rambaud

Debout sur la plage, Valter Jakobsen regardait approcher l’embarcation. À son bord Mason Sullivan, retraité du Corps des Marines des États-Unis.
Le vieil homme l’avait contacté un mois auparavant. Celui-ci prétendait avoir été secouru, quarante-deux ans plus tôt, par l’un des ascendants de Jakobsen, lors d’une rixe dans un bar malfamé de Saigon. Il souhaitait avoir enfin l’occasion de remercier son sauveur.

Avec Deuil, Marc Legrand nous plonge dans un récit où se mêlent le réel et le fantastique à travers un voyage dans le temps et l’espace. Il y confronte la finitude de l’être humain et sa quête du graal : l’accession à l’éternité.

Une réflexion également sur le sens de notre existence et la place essentielle de l’amour.

LES COULISSES DE L'AUTEUR : Marc Legrand

L’idée de Deuil m’est venue, comme souvent, sans prévenir. À tel point que j’ai l’habitude de m’endormir, la nuit, avec un morceau de papier et un crayon à portée de main. À l’origine, je voyais deux hommes, sur une plage, discutant du passé, de leurs joies, leurs peines, leurs réussites et leurs échecs. L’un d’eux décrivait à l’autre un vieil amour de jeunesse interrompu par la mort de l’être aimé. Au fur et à mesure du récit, qui devait se dérouler sur une île grecque de taille modeste, isolée et sauvage, celui qui écoute se rend compte que certains éléments, en apparence anodins, ne collent pas, mais il continue de tendre l’oreille, ému par cette confession. Je vous passe les détails mais, au bout d’un moment, il devient évident que son interlocuteur évoque une époque reculée, se situant bien avant la naissance de ce dernier. Le lecteur a alors le choix entre plusieurs possibilités : récit d’une vie antérieure, mythomanie, immortalité du narrateur ou encore manipulation psychologique, par exemple.

Du coup, cette idée, dont j’ai eu longtemps le canevas en tête, m’a un peu poursuivi et j’ai fini par la coucher sur le papier. Bien sûr, comme souvent, là encore, l’histoire s’est écrite d’une façon un peu différente de celle que j’avais entrevue au départ et cela a donné Deuil, sans doute plus dense, plus complexe. En tout cas, j’espère qu’elle n’a pas perdu en émotion. Je crois aussi que son intrigue n’est pas seulement le fruit de mon imagination mais également l’expression, naturellement, de questions existentielles qui finissent par vous assaillir, la quarantaine approchant. Il y a tout un « travail » subconscient, une réflexion des « profondeurs de l’âme » qui y transparaît, ici et là. La présente nouvelle renvoie à cette interrogation qui a donné ce très beau titre du groupe Queen, Who Wants to Live Forever (When Love Must Die), forcément une source d’inspiration, pour moi. La musique m’accompagne souvent, durant le processus d’écriture. En rédigeant Deuil, j’écoutais aussi Ma mémoire, de Michel Sardou, et J’ai 2 000 ans, de ce même artiste. Rien de tel pour se mettre dans l’ambiance, créer une atmosphère retranscrite ensuite par l’écriture. Mais la source d’inspiration la plus évidente, à mon avis, c’est Long Live Walter Jameson, un épisode deThe Twilight Zone (La Quatrième Dimension), auquel je rends hommage à travers le nom du principal protagoniste, Valter Jakobsen, qui a rigoureusement la même étymologie.

Sinon, c’est un texte isolé. Je ne choisis quasiment jamais les thèmes traités dans telle ou telle nouvelle. Je laisse les idées venir, mûrir, me démanger. Cela rend chaque œuvre plus authentique, plus plaisante à lire, plus agréable à écrire, aussi, bien sûr. Mais je me tâte d’en écrire une version qui collerait davantage à l’idée de départ telle qu’elle s’est formée en moi. Je n’ai encore rien décidé à ce sujet, mais c’est dans ma tête depuis un petit moment, alors, pourquoi pas ? Le thème doit me tenir à cœur, j’imagine. Sans doute un peu obsessionnel, même. J’ai souvent été confronté au deuil et la peur de perdre un être cher m’accompagne partout où je vais. Donc, je me dis que l’écriture me permet de contenir ce démon dans les limites d’une page format A4. Ce qui le rend un peu moins effrayant.

J’ai écrit Deuil d’un seul jet ou presque. C’est ce qui arrive quand l’idée s’impose d’elle-même, il me semble. Je n’ai pas pour autant cherché à produire un effet, sinon à faire en sorte que le lecteur comprenne ce que Valter ressentait. Libre à celui ou celle qui lit de le trouver sympathique, émouvant, humain, ou pas du tout. La seule chose qui m’a paru un peu compliquée, c’était d’imaginer comment cette personne, qui a vécu aussi longtemps sans se faire remarquer, a pu finalement être découverte, confondue. Il me fallait une raison, un moyen, un contexte, en béton armé. Par souci de cohérence, bien sûr, et par respect pour le lecteur. J’espère y être parvenu.

À la relecture, par contre, je me suis aperçu qu’il y avait une idée sous-jacente, et inattendue, qui pointait le bout de son nez. Valter « a bu la paix à tous les sangs » et « soutenu tous les drapeaux ». Cela peut paraître fou, contradictoire ou peu crédible. Et pourtant, en y réfléchissant, en portant le regard sur soi-même, avec objectivité, l’on se rend compte que l’on fait cela tout le temps. Nous changeons d’avis, et changeons tout court. La personne que nous étions il y a vingt ans n’est pas la personne que nous sommes aujourd’hui. Alors, imaginez que vous viviez, non plus cinquante ans mais vingt-cinq siècles. Combien de fois aurez-vous changé d’avis, d’idéologie, de croyance religieuse ? En fait, le parcours de Valter, c’est le nôtre, en plus dense, en plus fou, en plus long. Mais cela reste une vie d’homme, faite d’ombres et de lumière, entre gris clair et gris foncé.

Voilà ce que je peux dire sur ce texte qui me tient particulièrement à cœur, pour différentes raisons que j’ai en partie exposées ici. Il a pris forme, comme tous les autres, dans l’intimité de ma chambre — j’ai besoin de calme, pour écrire — et j’espère qu’il vous aura beaucoup plu. Longue vie à vous !

LES COULISSES DU NARRATEUR : Dominique Rambaud

Ce qui m’a inspiré dans le récit de Marc Legrand, c’est le long voyage dans le temps qu’il nous amène doucement à faire aux quatre coins du globe, traversant les siècles, les conflits, s’attachant à quelque amour infini. Au sein de nombreuses références historiques, il a su placer un suspens et une curiosité qui font passer le lecteur, de l’étonnement à la révélation d’un secret, sans jamais le perdre.

Entre les amours, les guerres… de l’antiquité au monde moderne, à la fois acteur et spectateur de l’humanité, l’auteur nous pose une question : Que ferions-nous de notre vie si elle était infinie ?

Techniquement, au-delà de la voix elle-même, il fallait trouver le ton et le rythme de la narration. Dany Grard fut une excellente guide pour cela, sachant orchestrer le bon tempo et les couleurs à donner au récit. Entre ma propre sensibilité au texte et ce que Dany souhaitait en obtenir, ce fut un plaisir de se laisser guider tout au long de la séance.
Si l’on ajoute à cela, un studio haut de gamme, un technicien performant et sympathique… et du bon café, la première chose qui me vient à l’esprit c’est… vivement le prochain enregistrement.

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