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Un texte de Benoit Camus lu par Emerick Guezou

Le dauphin François, fils de François 1er, vient de disputer une partie de jeu de paume sous une chaleur accablante. Assoiffé et suffocant, il missionne son page et partenaire de jeu, Sebastiano de Montecuculli de lui apporter à boire de l’eau très fraîche.

Le breuvage glacé avalé d’une traite, le dauphin fait sitôt un malaise.
Il décèdera 4 jours plus tard.

Empoisonnement, décrètent l’opinion et le roi.
Et qui mieux que l’ennemi juré Charles-Quint pour en être le commanditaire ? Son homme de main est lui tout désigné.

Montecuculli est dès lors perdu !

Dans La mort du dauphin François, Benoit Camus aborde sur un ton quelque peu facétieux et désinvolte un épisode sanglant de l’Histoire de France.
À la manière d’un légiste, il en révèle les contradictions, les divergences, de même qu’un certain esprit de concorde qui en devient alors presque suspect.
Le sujet est pour lui l’occasion de traiter de la porosité des frontières entre fiction et réalité, thème récurrent dans son œuvre. Il convie à sa table nombreux personnages historiques contigus à l’histoire dont il imagine les apparitions et interventions, enrichissant le mythe de l’infortuné Sebastiano de Montecuculli.

LES COULISSES DE L'AUTEUR : Benoit Camus

C’est en m’informant pour l’écriture d’une autre nouvelle (Cf Brèves revisitées aux éditions Zonaires, 2018) des effets de l’eau glacée sur un corps en surchauffe que j’ai découvert cet épisode de l’Histoire de France. J’ai immédiatement été intrigué par la diversité de versions, de commentaires, d’interprétations, que cet événement avait suscitée, provoquant quelques empoignades entre historiens et écrivains par siècle interposé, chacun y allant de sa thèse et de son analyse. Le déclic s’est produit quand j’ai appris que Rabelais avait possiblement eu partie liée avec le protagoniste principal. Je me suis, alors et avec une certaine jubilation, jeté dans la mêlée tant le flou, la multiplication des points de vue et des récits, les contradictions et les blancs sur certains aspects de l’affaire, ainsi que l’implication à des degrés divers de figures historiques et/ou littéraires majeures, laissaient le champ libre à l’imaginaire. Cette mort du dauphin François m’offrait l’opportunité d’explorer à nouveau mais sous un biais inédit pour moi, qui est le biais historique, le thème (qui m’est cher) de la vérité (relative à celui qui la dit) et de son dépassement par la littérature. Je me suis donc glissé avec facétie et délectation dans ces eaux troubles entre fiction et réalité, fable et récit, pour brouiller un peu plus les pistes, jouer les faussaires et proposer ma propre vision, en m’inspirant de ce précepte émis à la fin du film de John Ford, L’homme qui tua Liberty Valance : « Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende. »

J’abordais donc pour la première fois, du moins aussi frontalement, le champ historique. Comme je l’ai dit, il n’était pas question pour moi de faire œuvre d’historien ; je devais néanmoins me documenter pour donner une ossature et du crédit à mon propos. J’ai été confronté à un foisonnement d’informations. Un fil tiré en entraînait un autre. Des événements, des personnages historiques contigus à l’histoire (comme Etienne Dolet, Louise Labé, Symphorien Champier…) apparaissaient et offraient de nouvelles perspectives. Si bien qu’il m’a fallu résister à la tentation de toutes les suivre. La difficulté a été d’élaguer mes premières versions qui partaient dans toutes les directions, tout en préservant leur caractère bigarré et bouillonnant qui donnait à la nouvelle un cachet picaresque, farceur et irrévérencieux auquel je tenais et ce, dans l’esprit rabelaisien. Il m’importait également de restituer, notamment par le ton distancié adopté, un peu de la cruauté des temps. Un exercice passionnant et un vrai plaisir d’écriture qui, je l’espère, transparaît à la lecture et à l’écoute.

LES COULISSES DU NARRATEUR : Emerick Guezou

J’ai trouvé l’histoire drôle et terrible. À la lecture je n’étais pas juste témoin d’un fait historique, ou anecdotique, mais ce qui était fort c’est que l’auteur me faisait vivre, « visionner » presque les faits au présent, l’humour noire et l’effroi, je me les suis pris de plein fouet.

J’ai aimé le côté « ovnital », intemporel, « quand, qui » a écrit cette « chose-là »... ?! La truculence de la langue aussi, son côté « distance du documentaire » mais en même temps organique, charnel...

La forme du texte, la construction de ses phrases par exemple assez longues..., a constitué la principale difficulté. Tout mon travail a été de respecter au mieux cette forme, sa ponctuation, sa construction, un peu comme une partition. Ainsi je me suis laissé imprégner par le souffle du texte. Le texte c’est de la pensée mais aussi du sensible, c’est cela que j’ai essayé de restituer. Je ne cherche pas à trouver son émotion, si elle vient pourquoi pas, mais ce n’est pas forcément un critère de justesse en ce qui me concerne. J’aime mieux me concentrer sur sa forme, sur mon rapport sensible et organique avec celui-ci. J’essaie d’être un « passeur », de me laisser traverser et de restituer le verbe à haute voix.

Lors de ce temps d’enregistrement, j’ai aimé la lumière du studio (c’est souvent des endroits sombres), l’enthousiasme, la sérénité et la qualité d’écoute de mes « collaborateurs ». J’ai l’impression que pendant ces deux heures on a vraiment travaillé ensemble. On a été efficace dans le bon sens du terme. En sortant j’ai pensé « bien sûr ça aurait pu être mieux à tel endroit ou à tel autre » mais j’étais heureux tout de même, j’avais le sentiment que l’on avait travaillé de façon honnête, exigeante.

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