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« Mémé, elle dit : Si tu veux quelque chose mon Dédé, le mieux c’est d’y penser très fort et de laisser la vie s’en charger. »

Alors il y pense très fort, souvent, à ce plus tard où il sera marin. Son bateau sera blanc, fuselé comme le poitrail d’une mouette aux pattes corail et rapide comme le vent. Contre les railleries de ses camarades de classe, les paroles blessantes de la maîtresse.

En attendant, il y a les récits de mer des livres d’histoires, ceux de son aïeule qui lui racontent l’extraordinaire et le danger des campagnes de pêche de l’arrière-grand-père sur les Terre-Neuvas, et l’âpre existence des femmes restées à quai.

Avec C’est pas l’homme qui prend la mer, Joëlle Cuvilliez nous offre un récit plein de tendresse, de force de caractère qui se forge au contact de l’élément marin si indomptable et pourtant si attirant.

Elle rend un bel hommage aux femmes. Celles qui encouragent, pansent les blessures du cœur, aident à faire grandir les rêves de gosses. Celles encore qui assument les difficultés du foyer, de la vie quand les hommes sont partis.

LES COULISSES DE L'AUTEUR : Joëlle Cuvilliez

Du plus loin que je me souvienne, ma mère, qui avait le sens de la famille et de la transmission, aimait nous raconter des histoires de matelots. Elle était née à Fécamp, la ville des Terre-Neuvas qui partaient pour de longs mois jusqu’à Saint-Pierre-et-Miquelon et avait grandi dans une famille où beaucoup d’hommes étaient marins-pêcheurs de génération en génération. Un métier de forçat.

Du plus loin que je me souvienne, ma grand-mère, qui était aussi ma marraine, était une femme rassurante. Elle n’était pas allée à l’école longtemps, mais elle possédait une grande finesse d’esprit et savait poser du baume sur les coeurs, mettre les problèmes à distance et redonner courage.

Du plus loin que je me souvienne, ma fille a su poser des mots sur ses états d’âme, ses grandes joies et ses immenses peines avec beaucoup de subtilité. Grâce à sa ténacité, un jour, une petite chienne est entrée dans notre foyer. Ce fut une source intarissable de réconfort et de bonne humeur.

C’est avec cette matière qu’est né C’est pas l’homme qui prend la mer, un hommage rendu aux rameaux féminins de la branche maternelle de ma famille. Au moment où j’ai commencé à écrire le texte, je venais de terminer Je suis très sensible d’Isabelle Minière. Le Grégoire de son histoire a inspiré mon Dédé, grand ado sensible, peu doué pour l’expression orale mais champion hors pair pour lire dans l’âme des hommes. Son voyage initiatique, des côtes du pays de Caux à celles de la Ligurie, est un prétexte : ce récit est celui d’une résilience.

Comme toujours, entre sa genèse et sa publication, il se sera écoulé le temps de l’écriture, d’abord d’un seul jet, puis de la synthèse, élagage impitoyable, page après page, phrase après phrase, mot après mot, pour n’en retirer que la substantifique moelle (de mon point de vue). Il aura aussi fallu le temps de mes hésitations, d’événements parasites, de vacances. Bref, en un mot comme en cent, comme aurait dit mémé, il m’aura fallu beaucoup (trop ?) de temps. Un temps chipé au travail rémunéré, au ménage, aux obligations de tout poil, citoyennes, domestiques, administratives, aux loisirs, au plaisir, à la vie de famille, à la vie sociale, en général entre 5h30 et 7h30 du matin.

LES COULISSES DU NARRATEUR : Sébastien Rousselet

J’ai commencé par lire le texte en notant tout ce que je ne comprenais pas, ce qui ne me semblait pas clair.
Puis je l’ai relu plusieurs fois jusqu’à ce que les choses s’éclaircissent, notamment la question du « Qui dit quoi ? ».
Enfin j’ai annoté pour chaque passage l’émotion et le rythme que je ressentais. Un peu comme on le fait pour une partition.
Pour vraiment rentrer dans la lecture je me suis demandé ce qu’il faisait résonner en moi, et j’ai pensé aux histoires que racontaient mes parents et grands-parents qui ne sont pas très éloignées de celles racontées par la grand-mère de l’histoire. Ils se mélangent sûrement dans ma vision que j’ai d’elle.

Ce texte a suscité en moi des émotions assez diverses, dans la mesure où on passe d’histoires qui se racontent au coin du feu à des choses plus quotidiennes. J’ai été plus sensible aux premières, mais les secondes apportent du relief à l’ensemble du texte.
Le personnage de la grand-mère m’a beaucoup plu de par son dynamisme, sa vision des choses positive et sa générosité gouailleuse.

J’ai particulièrement aimé les passages liés à l’Histoire, le quotidien des femmes de marins de l’époque, le passage mystérieux sur le bateau... Ça m’a embarqué, j’avais bien les images.
En même temps, j’ai été dérouté par les mots mis dans la bouche du narrateur qui me semblaient décalés par rapport à son âge. Puis j’ai pensé qu’il revivait les mots de sa grand-mère, sorte de passeur, et l’ai interprété comme tel.

Le fait de s’entendre au casque tout seul dans sa cabine aide à se mettre dans la bulle de l’histoire.
Pourtant, au cours de l’enregistrement, je me suis senti frustré d’être obligé de m’arrêter à chaque page pour éviter le bruissement du papier, ce qui casse parfois l’élan dans lequel l’histoire nous embarque.
J’ai cependant trouvé ça très plaisant de faire, et refaire, de réécouter et d’être guidé pour chercher la simplicité et la justesse tout en amenant de la vie. C’était globalement un échange de points de vue et de propositions entre nous 3, du coup j’ai trouvé que l’enregistrement allait vraiment dans le sens du texte.

J’aime beaucoup lire à voix haute les bd ou les romans, j’ai eu du coup beaucoup de plaisir à enregistrer ce texte qui est très vivant. J’essaie toujours de m’amuser à lire, comme si je me racontais une histoire.

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