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Un texte de Olympia Alberti lu par Margot Châron

Depuis que les servantes ne venaient plus asperger les stores de vétiver durant la sieste, le beau visage de Mumtaz portait les ombres de la tristesse, lesquelles au fil des ans en habillèrent son être tout entier.

Pour son septième anniversaire, son père, le Râna tout puissant, organisa au Palais une fête unique, aux raffinements et distractions enchanteurs.
Il n’en recueillit hélas que de pauvres sourires qui le poignèrent au cœur et à l’âme, le renvoyant à son impuissance d’homme.

Mais au 7ème jour des festivités, l’événement eut lieu qui redonna joie à la Princesse.

N’est-il rien de plus beau que la manifestation d’amour d’un parent pour son enfant ? Surtout lorsque celle-ci est à l’origine du bonheur d’une vie ?
Avec ce conte, qui a pour décor le somptueux d’un palais indien, c’est ce cadeau que nous offre Olympia Alberti, où l’infinie tendresse d’un père pour sa fille s’exprime en la promesse de reproduire pour elle le bruit de la pluie.

Dans une langue poétique et sensuelle, l’auteure réveille en nous l’émerveillement. Elle nous comble des sonorités de la pluie, de la beauté des gestes appliqués des hommes qui accomplissent le prodige, de l’ivresse et de l’extase des cœurs.

LES COULISSES DE L'AUTEUR : Olympia Alberti

Mon texte La Princesse qui aimait le bruit de la pluie m’est venu un jour, alors que je rentrais d’un voyage en Inde où j’avais été invitée pour ma poésie. Le guide traducteur évoqua une jeune princesse qui aimait le petit bruit de l’eau, dans des jardins suspendus, près de Bombay — et j’ai rapproché cette sensation de fraîcheur de mon goût pour les pluies douces et même les moussons des pays chauds... l’imagination a fait le reste.

Le cheminement dans mon esprit s’est fait avec le désir que j’ai toujours d’offrir en partage une expérience, et une quête de vérité : tous mes livres en portent la marque native, irréfragable. Or depuis toujours je m’intéresse avec persévérance et passion à la connaissance ésotérique, et il n’est pas excessif de confier que j’ai dû monter plus de mille thèmes d’astrologie. Ce ne sont pas les 1001 nuits, mais les mille et une cartes du ciel ! Donc cette connaissance approfondie me donnait envie de montrer comment une connaissance peut s’aborder avec une rencontre apparemment fortuite... puisque le hasard n’existe pas, sauf dans les esprits paresseux.

Je n’ai pas eu à porter longtemps cette nouvelle : dès le retour de ce voyage, je posais les bases, laissais s’approfondir les pistes intérieures, et en 89, deux ans après, je finissais cette ébauche pour aboutir à une nouvelle. Il m’est arrivé de porter une nouvelle en silence durant dix-huit ans, comme La vitrine où courait un rire, publiée dans Le Noyau de Safou (Albin Michel).

La Princesse qui aimait le bruit de la pluie ne fait pas partie d’un ensemble de textes, c’est une nouvelle solitaire si j’ose dire, et n’a de rapport qu’avec un désir de créer cet espace de profondeur et de réflexion, qu’on appellerait les voies du destin, ici d’une jeune princesse sensible à la mélodie de la pluie parce que vivant dans un désert de L’Inde ; (j’ai traversé la jungle de Bandipur à dos d’éléphant, et des parties magnifiques du désert du Deccan : aucun exotisme, juste le goût des voyages, et la passion d’apprendre. Et une connaissance de l’Inde et de ses pratiques que j’ai approfondie au cours des huit voyages et résidences que j’y ai faits.)

Il n’y a eu qu’une seule version, immédiate après sensation que la ligne narrative était juste, et le choix du ton, de la rythmique des phrases, version sur laquelle je ne suis jamais revenue. Je n’ai pas travaillé le texte autrement qu’avec une longue concentration avant, et ensuite, une seule coulée. Je n’avais pas d’intentions particulières, sinon celle d’emmener le lecteur en Extrême-Orient, dans le passé, et dans une forme d’attention à l’essentiel : quel amour donne-t-on, comment, et comment élever le bonheur jusqu’au ravissement de la joie, pour son enfant, quand on le peut ?

Je n’ai jamais besoin d’un lieu particulier pour écrire. Quand je sens que je suis prête à vivre (à chaque fois) l’expérience de ce que signifie écrire — pour moi, une réalisation totale, gestuelle et respiratoire, comme l’idéal de la calligraphie intérieure des anciens spirituels —, je m’y mets, où que je sois. Par exemple, j’ai écrit le poème intitulé La dernière lettre,(à la fin de L’Amour palimpseste) à l’aéroport de Nice, en faisant la queue pour prendre un billet d’avion, j’avais 29 ans. C’est venu d’un seul coup, une grande partie, par strophes, les deux-tiers du « chant », sans une rature, j’étais debout, accoudée au comptoir... Par bonheur, Léopold Sedar Senghor aima ces poèmes et déclencha la lecture des autres académiciens et académiciennes... c’était très émouvant, et gratifiant, l’écriture de la poésie est une joie qui ne s’épuise pas.
Je n’ai pas encore de blog, et si j’en crée un, plus tard, ce sera pour rendre possible la lecture d’extraits de mes livres épuisés.

Écrire est le vrai visage de ma vie : tout y est, la joie, l’amour et la confiance. Le reste n’est pas dans mes mains, ni le destin de mes livres, ni la capacité des lecteurs à les recevoir.

LES COULISSES DU NARRATEUR : Margot Châron

La Princesse qui aimait le bruit de la pluie.
Déjà le titre porte beaucoup de choses en lui.

Il est question d’une jeune femme, Mumtaz.
Il est question d’amour, de lien, d’harmonie.
Il est question de sons, de résonance, de sonorités.
Il est question des éléments aussi, la pluie comme ce qui coule et lave,
nourrit et fait circuler.

Ce texte comme une énigme. Le sage Pandîtji a prédit que lors de la septième année de Mumtaz, un événement se produirait dans sa vie.
Est-ce ce chiffre de l’âge de raison qui nous permet d’évoluer ? Est-ce une ouverture de sa conscience ?
Et ce n’est pas seulement dans la perception de Mumtaz que l’auteure Olympia Alberti nous transporte.
J’aime cette écriture qui fait un pont entre l’imaginaire, l’histoire que l’on nous raconte, et ma sensibilité, mes sensations. Le verbe est choisi, le mot est ciselé, rythmé et il crée. Il crée en moi comme des caresses. Certains passages du texte sont comme une musique qui vient résonner et envelopper ce que les mots ne disent plus mais laissent entendre. Je ressens des niveaux de lecture différents dans La Princesse qui aimait le bruit de la pluie, et puis aussi, une sorte de magie, un envoûtement. L’écriture d’Olympia Alberti s’adresse au cœur de chacun, et par une tournure de phrase, par une construction poétique, nous voilà cueillis, transis.

« Leur parfum semblait imprégner le sourire même des invités
qui donnaient le miel de leur présence »

Le texte offre une grande liberté au lecteur, à la lectrice et donc aussi à l’acteur, l’actrice qui va le lire. Les phrases, parfois complexes dans leur structure, demandent à être relues plusieurs fois pour en saisir l’essence et choisir la manière de les transmettre lors de l’enregistrement, c’est pourquoi j’ai proposé très souvent deux manières de lire un même passage, afin que l’on puisse avoir le choix lors de la réécoute. Ce qui a pris du temps au montage, mais nous a aussi donné la possibilité de trouver la sonorité la plus juste.
Pour la différenciation des personnages, cela a demandé aussi de chercher, sans caricature, la voix de chacun, en lien avec son âge, son sexe, son énergie... Sans toutefois apporter une modification trop sophistiquée, puisque le texte porte en lui-même une simplicité à ne pas compromettre.
La Reine Maliga, mère de Mumtaz ; le sage Pandîtji et le Râna, le père, gouverneur des provinces du Gujrât. Trois personnages forts qui ont des rôles essentiels dans la vie de Mumtaz. J’ai tenté de leur trouver à chacun une voix, un rythme, une énergie singulière, tout en restant proche de la narration, qui est comme un tissage, un entrelacement avec les dialogues.

Ce texte, par son univers musical, poétique et cosmique m’a transportée, m’a fait rêver, je me suis vue près du Thar et de l’Indus, je me suis allongée sur les jali dentelés du Rajasthan et j’ai écouté le poème de Tagore en observant le cueilleur de lunes rouges...
J’espère que le plaisir que j’ai eu à découvrir, lire à voix haute et partager ce texte sera contagieux !

« Son époux (...) accepta volontiers d’habiter la joie de son épouse, et d’y connaître mieux son propre bonheur. »

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