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Un texte de Sarah Jalabert lu par Sarah Jalabert

Dans l’austère enceinte monacale, Héloïse, recluse, nourrit une intimité spirituelle et une complicité avec le jardinier, tout en nous racontant l’histoire de son grand amour.

Les époques se mélangent et si l’on ne sait avec certitude à qui se rattachent cet amour et ces souvenirs, ils deviennent, eux, par la magie du récit, le temps présent et ce qu’il y a d’éternel en lui.

À travers La Rencontre, et la découverte d’elle-même, Héloïse concevra l’absolue nécessité d’un renoncement aux repères qui l’auront jusqu’alors préservée.

« Un jour au réveil, une phrase dut investir ma toute première pensée : …Laissez partir ce qui doit s’en aller… ». De l’exigence de cette mue, dont rien ne saurait l’empêcher de payer le prix, elle pourra accéder à la plénitude de la relation, naître enfin à la vie dans toutes ses dimensions.

Héloïse est une œuvre d’une grande noblesse d’écriture et de poésie, où se rejoignent dans la même sphère le profane et le sacré, le charnel et le mystique pour une ode à l’amour et à la vie magnifiquement portée par la voix pleine et chaude de Sarah Jalabert.

Dans ce texte, où la plénitude de l’amour se conquiert de haute lutte, il est une leçon de vie remarquable : « …toute grande victoire passe par cet éprouvant paradoxe : pour gagner il faut apprendre à perdre… »

LES COULISSES DE L'AUTEUR : Sarah Jalabert

Il est très difficile de rendre compte de la genèse d’un récit, tant ce qui le nourrit peut être riche et épars dans le temps.

Néanmoins, les figures féminines mystiques du Moyen Âge ont longtemps exercé sur moi un attrait et une influence très vivifiants.

Beaucoup de ces femmes, dans leur ferveur spirituelle, ont une dimension charnelle qui semble, à leur contact, donner à sentir une envergure bien au-delà d’une pensée trop exclusivement duelle. Une envergure où la vie, toute la vie, a la place d’être vécue.

Pour tout dire, je me sentais en dialogue avec ces femmes, un dialogue où leurs présences prenaient un rayonnement qui répondait à une autre question, moins posée qu’élevée en une opposition au despotisme de la chronologie du temps : les expériences du passé, — celles qui furent des accès, des ouvertures, des amours, mais aussi les attentes et les brûlures, les espérances — les nôtres et celles des autres, sont vivantes ; vivantes, elles appartiennent également au présent où elles se poursuivent, reprennent, répondent aux événements actuels, d’une manière qui défie l’habituelle, la bien-pensante succession ordinaire de la vie. Moins succession que réfraction, je me tenais dans l’écriture à l’écoute d’un dialogue amoureux dans le prisme chatoyant du temps. Et mes « personnages » gagnaient non pas leur visage, mais leurs visages.

L’incertitude de l’être me devenait profuse personnalité (tant et si bien qu’un face-à-face pouvait, avec l’acuité des affinités, le céder à un face-à-dos), et la fugacité du moment, en effet, pouvait bien se dilater jusqu’au « sans commencement ni fin » de l’éternité.

J’ai longtemps porté Héloïse en moi, mais c’est seulement au retour d’un voyage au Maroc, comme si les éléments s’étaient, par le mouvement géographique et la force des rencontres avec l’inconnu, rassemblés dans le temps, ou mieux !, avaient trouvé l’ampleur d’une respiration par-delà les temps, que le récit a pu trouver sa cohésion, s’entendre et s’écrire.

Cette histoire, après sa rédaction, reposait comme une endormie dans le désordre de mes papiers. Un grand merci à Dany Grard d’avoir réveillé, par son attentive passion des lettres, cette Héloïse acquise aux renaissances et autres éveils.

LES COULISSES DU NARRATEUR : Sarah Jalabert

Pour la version audio, ce n’est pas la première fois que j’interprète l’un de mes textes. J’oublie complètement qu’il est de moi. Peut-être cela rejoint-il ce type de concentration au moment de l’écriture, où j’oublie complètement que c’est moi qui suis en train d’écrire.

Ce qui peut constituer un atout naturel est que j’en connais le souffle, et l’élan qui peut parfois porter la phrase sur un long cours. Mais de fait, mon écriture a toujours aspiré à la parole. Il y a une voix, que j’entends au moment d’écrire, et qui, d’elle-même, appelle aussi l’oralité.

Souvent, il me semble que c’est parce que je passe par l’écriture qu’il m’est ensuite possible de parler, par l’écriture ma parole et ma voix sont retournées aux sources proches du silence, et, rafraîchies, renouvelées, à nouveau reliées, elles recouvrent sens, vibration, et portée. Ainsi puis-je une nouvelle fois affronter le beau travail d’essayer de donner forme à quelque chose.

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