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Le jeune narrateur apprend de la bouche de son père que ce dernier a tué une femme. Par accident. Le lien filial d’un seul coup se brise. Ce père qu’il aimait, qu’il croyait connaître lui devient subitement un étranger.

Du choc de cet aveu, surgit le mot « assassin », un mot qui le torture et dont il cherche auprès de sa mère des réponses révélatrices de l’autre secret. « Assassin », un mot avec lequel il se débat, jusqu’à commettre l’irréparable !

Dans L’enfant dans le puits, François Teyssandier explore, à travers le « je » d’un adolescent de 13 ans, le thème de la dénonciation.

Avec un style aux phrases courtes et directes écrites au présent, il crée une atmosphère pesante, tout en tension, posant l’une après l’autre, tel un jeu de construction, les pièces du puzzle du drame familial.

LES COULISSES DE L'AUTEUR : François Teyssandier

Un matin, je me suis dit que j’aimerais bien écrire un texte sur le thème, assez général et flou j’en conviens, de la dénonciation. Sans trop savoir, au départ, dans quelle direction précise me diriger. Par la suite, quand s’est posée la question des personnages du récit, j’ai pensé qu’il serait intéressant d’analyser le comportement d’un adolescent, plus ou moins fragile et mal dans sa peau, face au dilemme de la dénonciation d’un père meurtrier.

Le texte a cheminé un certain temps dans mes pensées. Il fallait notamment trouver une fin qui soit plausible tout en conservant une certaine ambiguïté. Un adolescent peut-il dénoncer son père ? La nouvelle ne cherche pas à donner une réponse qui serait à la fois juste et rationnelle. J’ai donc voulu que la fin soit une fin ouverte, et non une conclusion définitive, irrémédiable, encore moins une « chute » à laquelle on ne s’attend pas. Le lecteur peut, à sa guise, et s’il le souhaite, imaginer une suite à cette narration.

Ce texte a mis du temps à naître et à se développer dans l’espace du récit. Une idée de départ peut, bien sûr, surgir à l’improviste, mais il est évident qu’il faut ensuite un temps de réflexion, voire de maturation, plus ou moins long. C’est un travail d’écriture de chaque jour, avec des pauses, bien entendu, qui sont autant de respirations nécessaires. Cependant dès le départ, je me suis efforcé de tenir la note, comme pourrait le dire un compositeur. Certes, il y a eu un travail d’écriture et de réécriture tout au long de la rédaction de la nouvelle, mais j’ai toujours suivi la même ligne mélodique. Très peu de variations, aucune rupture dans l’élaboration du texte. J’ai utilisé des phrases courtes, directes, sans fioritures (du moins, je l’espère !) qui cernent et décrivent au plus près une réalité assez banale (une dispute entre deux amants qui se termine par un homicide involontaire, comme on peut en lire dans les journaux ou en voir au cinéma), en évitant au maximum tout pathos, tout jugement moral, et avec la constante recherche d’une sorte de distanciation.

Au départ, quand je commence un texte, je n’ai pas d’intention très précise, et j’ignore quelle sera la fin exacte du récit. Elle ne se dessine qu’au fur et à mesure de l’écriture, comme si les mots, les phrases, dans leur enchaînement progressif, leur assemblage méticuleux, commandaient en quelque sorte ma main et mon esprit. Parfois, j’ai l’impression bizarre que le texte, une fois lancé, s’écrit presque tout seul, et que c’est lui qui me dicte son évolution dans le temps et dans l’espace du récit. Je n’écris pas non plus pour imposer aux lecteurs mes sentiments propres ou pour déclencher sciemment en eux des réactions précises et voulues. Je leur laisse une totale liberté. Je ne fais que leur proposer un texte. Ils ont ensuite le droit de l’accepter, ou de le refuser, de même qu’ils ont le droit d’être touché ou pas par le récit. Je ne cherche jamais à créer, de force, des effets de style susceptibles d’émouvoir ou de bousculer le lecteur. Le texte de cette nouvelle n’est, en définitive, qu’une proposition d’écriture. La nouvelle une fois terminée (mais l’est-elle jamais vraiment ?) ne m’appartient plus, et je pense que c’est très bien ainsi ! Elle doit vivre sa vie indépendamment de l’auteur.

En ce qui concerne l’écriture même du texte, je n’ai aucun rituel précis. J’écris chez moi, dans mon bureau, à toute heure du jour. Jamais la nuit (je dors !). Au commencement, j’écris toujours dans un calepin, avec un banal stylo à bille. Dans le silence le plus total. Aucune musique d’ambiance pour distraire mon esprit. Seule devant mes yeux la blancheur de la page blanche, qui se noircit petit à petit. Ensuite, une fois le premier brouillon terminé, je tape le texte sur mon ordinateur, pour avoir en quelque sorte une vision plus « distanciée » du texte. Pour finir, je retravaille le texte, en le lisant notamment à voix haute (mon passé de comédien resurgit à ces instants !), pour entendre le déroulement des phrases, pour éventuellement améliorer leur rythme et leur précision musicale. L’écriture d’un texte, nous le savons tous, est un travail plus ou moins long. Chez certains, il engendre, paraît-il, de la souffrance. Pas pour moi. Aucun stress particulier. J’éprouve, au contraire, une certaine joie à assembler des mots, comme si je faisais un puzzle. Nous savons aussi que le premier jet est très rarement, pour ne pas dire jamais, satisfaisant. Encore moins définitif. Il ne fait qu’indiquer les grandes lignes du texte et esquisse l’ossature générale du récit. Ensuite, il faut peaufiner l’ensemble, patiemment, sans jamais essayer de forcer la « note », jusqu’au jour où l’on pense, à tort ou à raison, que la nouvelle est terminée.

LES COULISSES DU NARRATEUR : Jean-Pierre Pavis

Tout d’abord, le narrateur et l’enfant ne faisant qu’un, je me suis cru capable de m’offrir cette double casquette et je l’ai essayée ……... Trop grande, mal coupée puis finalement trop serrée !(pour moi.)

C’est après, m’être gratté la tête, avoir relu le texte et fait reprendre l’air à mes cheveux que j’ai opté pour la voix d’un narrateur décrivant une scène vécue en direct (comme un commentateur) mais avec une voix non identifiable ou tout au moins distincte de celles(supposées) des personnages de François Teyssandier.

Il ne me sembla pas nécessaire de « timbrer » la voix… c’est donc en partant du principe que l’action passée, l’enfant avait un léger recul par rapport à ce qu’il venait de vivre…. J’ai donc lu cette histoire sans la teinter, ni pour autant la dénuer d’intentions.

C’est par l’écoute des mots que j’ai lus et non par la compréhension des phrases qu’ils formaient que j’ai tenté d’en extraire la substantifique moelle en profitant des vibrations qu’ils m’inspiraient.

L’enfant dans le puits est pour moi une allégorie de ce que peut vivre un adolescent quand il est trop soudainement confronté au monde des adultes sans possibilités de retrait ni de refuge…. En 48 heures il passe d’un enfant aimant à un jeune délateur… sa disparition (que l’on suppose momentanée) de la surface de la terre est une illustration de l’effacement qu’il souhaite à la fois de son être et de son état. La nuit et l’eau du puits comme linceul à cette histoire presque irréelle...

Alfred Korzybski disait : « Les mots véhiculent les maux ». Pour ma part, je pense qu’ils véhiculent également l’émoi.

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